(i) Gabriel Charmks, La Guerre maritime.
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2o6 le problème de la marine marchande.
Sur terre, l’Anglais peut essuyer vingt échecs ; sa froide
obstination et les immenses ressources pécuniaires dont il
dispose lui permetiront d’attendre impassible et fataliste g ne
l’adversité se lasse de l’accabler. Sur mer, il faut qu’il soi
invaincu et qu’il le soit toujours, car une guerre navale
désastreuse porterait le coup le plus rude à sa suprématie,
tarirait les sources de son alimentation, de son commerce,
de son industrie, ruinerait sa richesse présente et future,
serait pour les autres pays le signal de la curée.
« Tous les rivaux de l’Angleterre, toutes les nations jeunes,
ambitieuses, ipii ont déjà une industrie et qui se préparent
à avoir une marine commerciale, s’empresseraient de jouer
vis-à-vis de TAngleterre le rôle (ju’elle a joué elle-même
vis-à-vis de l’Amérique lors de la Sécession. Ils se précipite
raient à qui mieux mieux sur la grande proie pour en arra
cher chacun un lambeau. Si la lutte durait fpiehjues mois,
les armateurs ruinés seraient obligés de vendre leurs navires
aux puissances étrangères ; partout se formeraient de nou
velles compagnies de navigation remplaçant, une à une, les
compagnies anglaises dépossédées. Et quand le change
ment serait opéré, quand le courant du commerce aurait
adopté des directions nouvelles, quelles raisons y aurait-il
pour que, la paix venue, il se remît à couler vers « cette
« petite île brumeuse, au milieu d’une mer toujours agitée »
qui pendant de si longues années a dô au merveilleux génie
de ses habitants et à leur fortune plus merveilleuse encore
d’accaparer le monopole de la richesse universelle (') ! »
Dominer la mer, la dominer à tout prix, militairement et
commercialement, tel fut dans le passé, tel n’a pas encore
cessé d’étre le bnt obstiné de la politique anglaise. Pour le
réaliser, nos voisins ont constitué la force navale la plus