320 LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
constante. L’ouvrier est donc exposé ici — moins, il est
vrai, qu’en France — à tous les inconvénients de l’irrégularité
d’emploi : le travail aux pièces lui permet d’y parer dans
une certaine mesure en lui donnant la faculté de réaliser,
dans les moments où le travail est abondant, des bénéfices
élevés et de constituer une réserve d’économies pour les
heures de chômage. Il a donc intérêt à l’application du
piecework.
Reste à en établir les conditions. La besogne, disais-je tout
à l’heure, n’est pas précisément aisée en raison de la multiplicité
et de la complexité des travaux qui requièrent le
labeur du shipbuilder. La difficulté d’évaluer la rémunération
a été longtemps une source de contestations et de
conflits entre les ouvriers et leurs patrons ; elle les a conduits
en fin de compte à établir une liste de prix dans laquelle
tous les travaux spéciaux à chacune des catégories d’ouvriers
sont minutieusement détaillés. J’ai sous les yeux des spécimens
des tableaux des tarifs établis pour le riveter (riveur)
et le caulker (mateur) par les représentants des associations
patronales a la Tyne » et « la Wear » et les représentants
sur ces chantiers de la Société des boilermakers and shipbuilders.
Qu’on se représente, sous une couverture de toile noire
ou bleue, une sorte de catalogue imprimé comprenant de
vingt à quarante pages dans lesquelles, sur trois colonnes,
figurent en regard de la description de chaque sorte d’ouvrage
les tarifs détaillés qui fixent sa rémunération, selon
les cas variables auxquels cet ouvrage s’applique et les conditions
plus ou moins difficiles où il s’effectue. C’est ainsi,
par exemple, que suivant l’endroit du navire où elle s’opère,
la pose des rivets est payée de 5 sh. 3 le cent à 35 shillings.
Malgré cette minutie et cette précision d’indications, il arrive
parfois que des contestations surgissent, entre l’ouvrier et