NOTRE FLOTTE COMMERCIALE.
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(i) Revue maritime, numéro de juin
Mais cela peut-il einpecher que la loi de 1898 ait consacré
une erreur funeste et porté un coup terrible à la marine
marchande, en accordant à la navigation à voiles une prime
supérieure à celle de la navigation à vapeur, et en dévelop
pant artificiellement la première au détriment de la se
conde ?
Là-dessus, nous avons des opinions aussi nettes et aussi
caté(jori(pies (pie les précédentes, mais qui alioutissent a
une conclusion diamétralement opposée. L’une des plus
frappantes est celle qu’exprime M. Tournier (’) :
« Avec sa grande longueur et ses formes affinées, le voi
lier moderne, dit-il, est impropre au louvoyage ; il ne con
serve quelque utilité que ])our les très longs parcours, dans
les zones à brises bien établies. Sa capacité de charge ne
vaut d’ailleurs (jue le quart ou le cimpiième de celle du va
peur, à tonnage égal, et son rôle de transport se limite a
certains produits lourds dont la livraison peut se faire atten
dre et (pii ne risquent pas de s’avarier en route. Le com
merce français d’exportation, qui se compose principale
ment d’objets d’alimentation et d’articles manufacturés, n’a
rien à faire avec le voilier ; c’est un instrument suranné que
les nations maritimes, l’Anglet(irre et l’Allemagne, aban
donnent à peu près complètement et (pii n’obtient un regain
de laveur en France (pie grâce à la prime que lui octroie
libéralement la loi de i8g3... »
M. Tournier ne se borne pas à contester l’utilité du voi
lier ; il aborde dans la meme étude, avec une rude franchise,
une (juestion du plus haut intérêt — et qui d’ailleurs avait
été bien des fois eflleurée avant lui. C’est celle de la spécu
lation qui s’opère sur les primes à la navigation des voi-