Full text : L' arbitrage international chez les Hellenes

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A.  RÆDER

violé  certaines  règles  très  simples  du  droit  des  gens,  ou  n’a  pas
respecté  les  divinités  amphictyoniques,  leurs  biens  ou  leur  culte.
Il  va  de  soi  que  les  limites  pouvaient  être  indécises,  et  l’on  voit
que  le  Conseil  dans  certaines  situations  données  et  dans  certaines
circonstances  se  sentit  autorisé  à  étendre  très  largement  ses  limites,
et,  dans  un  sens,  prit  sur  lui  de  parler  au  nom  de  toute  la  nation
grecque.  C’est  sous  cet  angle  qu’il  faut  envisager  le  monument  qu’il
fit  élever  aux  héros  des  Thermopyles  1  et  d’Artemisium 2  ainsi  que
l’exil  qu’il  infligea  à  Ephialtes 3  en  châtiment  de  son  crime  contre  la
cause  de  l’Hellade  aux  Thermopyles.
C’est  surtout  lorsqu’il  s’agissait  de  questions  de  culte  que  l’on
voit  très  incertaines  les  limites  de  ce  que  le  Conseil,  dans  une  circonstance ­
  donnée,  considérait  comme  de  sa  compétence.  C’est  ainsi
que  nous  voyons  à  l’époque  de  l’empereur  Tibère 4  les  Samiens  invoquer ­
  un  décret  des  Amphictyons  en  faveur  du  droit  d’asile  de
leur  temple  de  Junon 5 .  De  même  aussi  nous  voyons  le  Conseil
prendre  des  décisions  en  faveur  des  Collèges  artistiques  de  Bacchus  6 .

Il  ne  faut  cependant  pas  se  laisser  entraîner  par  ces  cas,  à  penser
trop  haut  que  le  Conseil  Amphictyonique  était  un  tribunal.  Ce  sont
surtout  les  auteurs  romains  qui  ont  eu  des  conceptions  exagérées
en  ce  sens.  Tacite 7  parle  du  Conseil,  comme  d’un  tribunal  suprême
de  toutes  affaires.  Quintilien  s  envisage  nettement  le  Conseil  comme
un  tribunal  de  haut  rang,  où  l’on  pouvait  être  sûr,  plus  qu’ailleurs,
d’obtenir  un  jugement  juste.  Et  même  un  homme  aussi  bien  informé
que  Strabon,  considère,  ainsi  que  nous  l’avons  dit,  cette  Assemblée
comme  un  tribunal  très  ancien  qui  jugeait,  en  grand  nombre,  les
1  Hérodote  VII,  228.  —  2  Pausanias  X,  19,  1.  —  8  Hérodote  VII,  213.  —  4  Tacite,
ann.  IV,  14  :  Samii  decreto  Amphictyonum  nitebantur,  quis  praecipuum  fuit  rerum
omnium  judicium  qua  tempestate  Graeci  conditis  per  Asiam  urbibus  ora  maris
potiebantur.  —  6  Cauer,  Pauly  Realenc.  I.  1909  croit  qu’il  faut  y  voir  une  décision ­
  compromissoire  émanant  des  Amphictyons.  —  °  Bürgel,  1.  c.  p.  212.  —  7  Ann.
IV,  14:  praecipuum  rerum  omnium  judicium.  —  8  Inst.  orat.  V,  10,  110—115.
            
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