342
T-A II O NT, TM K
cierges et de chapelets, ses lanternes suspendues à des chaînes, et qui
mettent dans la nuit de petites lueurs discrètes de lampes de chapelle.
A chaque pas, on rencontre des moines, des abbés, des prêtres; non pas
des moines à la figure ascétique, aux vêtements rapiécés, mais habillés
de bon drap, coiffés de grands chapeaux et chaussés de solides sou
liers; les abbés ont des mines roses d’enfants de chœur, et les prêtres
à figure pleine, heureuse, marchent, dans leur belle pelisse de peau de
loutre, d’un pas digne et assuré de propriétaire, pour bien montrer qu ici
ils sont chez eux.
Dans la ville haute se déploient, sur deux ailes longues à l’extrémité
desquelles se dresse la cathédrale, les palais uniformes et recrépis à la
chaux des chanoines, dont les revenus sont princiers 1 . Les fenêtres du
rez-de-chaussée sont élevées; la porte massive, de couleur bronzée, est
grave et silencieuse. Mais entrez, suivez ces corridors garnis de hautes
armoires sculptées, ou le linge s’empile en blanches pyramides, et vous
arriverez dans des appartements dorés sur toutes les coutures, pleins de
tapis, d’objets d art, de pièces d’argenterie brillant sur les dressoirs
d’ébène, de meubles moelleux, de tentures et de tapisseries.
Dans un petit salon ponceau, M. le chanoine et ses iams font leur
partie de macao, ce jeu favori des ecclésiastiques hongrois, et ils fument
leur chibouck, en savourant un café parfumé.
L Autriche et la Hongrie ont encore de ces coins de moyen âge qui se
conservent, grâce aux vieilles traditions. Il y a certains chanoines qui for
ment une caste à part dans la hiérarchie ecclésiastique.
Le noble à la tête d’un majorat voue souvent à l’Église un de ses
fils encore au berceau; mais avant de venir prendre place au chœur
de quelque riche cathédrale, le jeune noble se fait soldat, devient
quelquefois officier de cavalerie, et ce n’est qu’après avoir largement
bu à toutes les coupes qu’il consent à vendanger la vigne du Seigneur.
Il y a aussi en Hongrie de nombreux chanoines honoraires et irré
guliers qui touchent de beaux revenus sans mettre les pieds au chapitre.
Les postes de faveur sont en général accordés par le souverain à des prélats
dont il veut reconnaître et récompenser les services. Mais une réforme se
fait aujourd’hui, et a mesure que les vieux chanoines meurent, les privi
lèges s éteignent. A XagyA arad (Gross-Wardein), il y a six chanoines litté
raires (Stalla litterana), nommés en récompense de leurs travaux littéraires.
Trois de ces bénéfices ont été donnés à des savants : M. Florian Römer,
l
T e traitement d’un chanoine de Gran est de 25,000 francs, outre le logement et le casuel.