DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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Des bouts de rue en formation se jetaient et se noyaient dans b inconnu,
bu silence morne, pénible : ce silence de trois heures du matin, fait de
mystère et d’effroi, et qui ressemble au silence de la mort, nous envelop
pait et nous écrasait.
Enfin, au bout d’un quart d’heure de marche, nous rencontrâmes un être
humain : un pochard qui nous prit pour des voleurs ou des constables, et
fini, en voulant fuir de l’autre côté de la chaussée, s’étendit de tout son
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C’étaient, pour la plupart, des repris de justice.
long dans la rigole. Nous le relevâmes, et 1 ayant appuyé contre un arbre,
nous reprîmes notre ronde.
■ -Attention ! me dit le commissaire, il y a là-bas,... là où l’on voit cette
lumière qui clignote, un bouge qui est un nid de fripouilles.
Nous nous glissâmes à la file indienne le long d’une clôture de chantier,
et appliquant l’œil aux fentes des contrevents, le cou tendu, nous regar
dions, à travers les carreaux crasseux et suants, ce qui se passait dans la
salle basse de ce repaire, que la fumée emplissait d’un nuage au milieu
duquel une lampe à pétrole, suspendue au plafond par une cordelette,
mettait la clarté blafarde de son verre bombé, comme une lune pâle au
milieu du brouillard.
H y avait là une dizaine d’hommes formant des groupes à part, tenant
h es conciliabules secrets, gobelottant depuis bien des heures, et attendant
1 aube en sifflant des petits verres.
Le regard louche, la mine suspecte, les joues et le menton sales dune