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DE D’A D H 1 AT 1 OU E Ali DANUBE.
penseurs et des grands inventeurs : il ne parle pas; on dirait qu il écoute
1 océan de pensées qui bouillonne sans cesse sous son crâne.
M. Whitehead est né le 3 janvier 1823 à Botton, dans le Lancashire; il
fréquenta jusqu’à l’âge de quatorze ans la « Grammar-School » , puis
voulant devenir ingénieur, il entra comme apprenti dans la fabrique de
machines que M. William Swift, son oncle, dirigeait à Manchester. Au
bout de sept ans, ayant terminé son apprentissage, il suivit son oncle
appelé à Marseille pour prendre la direction de la fabrique de Philippe
Taylor, et il resta dans cet établissement, en qualité de dessinateur,
jusqu’en 1847. Le jeune Whitehead partit alors pour Milan, avec P inten
tion d étudier les métiers à tisser la soie; mais la révolution survint, il
s’en alla eu Autriche et s’engagea comme monteur dans les ateliers du
Lloyd à Trieste. Deux ans plus tard, on lui confiait la direction de la
fabrique de machines Strudthoff, connue sous le nom de Stabilimenlo téc
nico Trieslino. Enfin, en 1858, M. Whitehead quitta Trieste pour venir
■diriger à Fiume une nouvelle fabrique de machines qui venait de se
fonder. Cet établissement fut obligé de liquider en 1874, et M. Whitehead
b acheta pour y installer sa fabrique de torpilles.
— Voulez-vous visiter les ateliers? me demanda M. le comte Hoyos, qui
me faisait, avec une amabilité toute hongroise, les honneurs de rétablisse
ment de son beau-père.
— Très-volontiers, lui répondis-je.
Nous remontâmes vers la route, que nous traversâmes, et marchant sur
des planches posées bout à bout sur le sol envahi par une épaisse pous
sière noire, dans laquelle on eut enfoncé jusqu’à la cheville, nous fran
chîmes le seuil d’un immense bâtiment plat, dont les vitrages ternis avaient
1 aspect de toiles d araignée; la fumée haletante d une machine à vapeur
montait au-dessus du toit en jets blanchâtres et saccadés. Un jour terne et
crépusculaire remplissait 1 immense hangar où travaillaient cinq cents
ouvriers, les manches retroussées sur les bras, la poitrine nue, la tète
ébouriffée ; quand la vaste voûte s’éclairait soudain des reflets pourprés des
forges, on voyait la sueur perler le long de leurs joues comme une rosée
de sang, et leurs muscles saillir sous leur peau sèche et brûlée, pareils a
des racines d’arbres sous une terre rouge et aride. La taille de tous ces
hommes, courbés sur 1 enclume ou penchés en arrière pour doubler
1 effort, était agrandie par les jeux fantastiques des ombres et des lumières,
et prenait des proportions gigantesques. On eût dit des cyclopes forgeant
des soleils. Et c’était un tapage assourdissant de ferraille battue, une
sonnerie éclatante de marteaux, un hiement criard de poulies, un ronfle-