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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
un pays où jusqu’alors la carrière militaire avait été fort
peu recherchée par l’élite de la population.
Les officiers de la mission militaire française eurent
à lutter contre la mauvaise volonté d’une partie du corps
des officiers qui, sauf d’honorables exceptions, se faisait
remarquer par une ignorance et une paresse absolues.
En outre l’armée péruvienne, composée d’éléments d’ap
parence plutôt médiocres, paraissait difficile à améliorer,
en raison du caractère apathique des soldats, indolents
au delà de toute expression : l’armée péruvienne est en
grande partie composée d’indiens. Les lois sur le recru
tement militaire équitables en théorie présentent dans la
pratique de graves inconvénients, les procédés employés
pour boucher les vides sont fortement entachés d’arbi
traire, et très impopulaires dans les régions centrales. La
mission militaire a réussi à faire voter par les Chambres
une loi qui a apporté plus d’équité dans l’avancement,
autrefois dû au bon plaisir et à l’arbitraire ; mais les mé
thodes de recrutement n’ont pas été, quoi qu’on dise,
améliorées. On opère toujours de la manière suivante :
Un détachement de troupes parcourt les villages de
l’intérieur, et enrôle de force les malheureux Indiens qui
ne se sont pas dissimulés à temps. Ces recrues sont dési
gnées sous le nom d’engagés volontaires !
Ces indigènes, peu belliqueux en général, ont peu de
goût pour le métier militaire, ils se montrent tout d’abord
réfractaires à tout exercice. Un certain nombre même, trans
portés loin de leur pays ou brutalement séparés de leurs
familles, voire de leurs femmes, sont minés peu à peu parle
désespoir et meurent de nostalgie. Mais le plus grand
nombre au contraire, une fois passés les premiers jours
d’éducation militaire, se trouvent tellement bien du régime
qu’ils ne veulent plus retourner dans leurs familles, carie