LE PÉROU ÉCONOMIQUE
151
sort qui leur est fait au régiment est souvent préférable à
la vie précaire qu’ils menaient dans leurs montagnes : ils
ont tout au moins à la caserne l’existence assurée. Ces
mêmes Indiens, dans les époques « d’enrôlements vo
lontaires », ne sont pas les recruteurs les moins impi
toyables.
Les officiers de la mission française ont réussi à amé
liorer l’aspect de ces troupes, capables d’efforts héroïques
à l’occasion, mais d’une tenue assez fâcheuse. On peut les
voir aujourd’hui défiler dans les rues de Lima revêtues
d’uniformes d’une propreté irréprochable ; elles conservent
sous les armes une allure plus martiale (1).
(1) Des manœuvres faites par l’état-major, sous la direction de la mis
sion, démontrèrent les progrès réalisés dans l’instruction technique et
pratique des officiers et des corps de troupes.
En 1904, le capitaine Clément revint en France, son engagement ter
miné. A son arrivée, il fut nommé commandant; le capitaine de cavalerie
Dogny le remplaça comme chef de la mission militaire. Cependant le
gouvernement péruvien, ayant su apprécier les efforts et la valeur du
commandant Clément et reconnaissant des résultats obtenus, proposa
peu après à cet officier de revenir au Pérou comme chef d’état-major
général de l’armée avec le grade de général. Le commandant accepta, et
depuis quelques années il occupe ces fonctions à l’entière satisfaction de
tous; cette situation lui permet de faire bénéficier l’industrie française de
commandes importantes de matériel et d'objets d’équipement.
Poursuivant ses améliorations, le gouvernement a fait voter en 1912 une
loi rendant le service obligatoire pour tous les Péruviens de vingt et un à
cinquante ans d’âge, capables de porter les armes. Nous avons vu qu’en
novembre de la même année il s’assura le concours d’une nouvelle
mission française composée de colonels.
Pour ce qui concerne la marine, une nouvelle école navale a été édifiée
à la Punta, près de la station balnéaire qui domine la baie du Caliao ; ie
coût en est de 14.000 livres sterling. Le gouvernement péruvien a aussi
acheté à la France un cuirassé et un submersible, qui sont arrivés récem
ment au Pérou. Ce pays est actuellement le seul de l’Amérique du Sud
à posséder un sous-marin.