LE PÉROU ÉCONOMIQUE
255
reposer et s’amuser, faire son contrat de provision et d’où
il part dispos pour les contrées éloignées. Une lancha (1)
le mène le plus loin possible dans la rivière qu’il a choisie,
là il descend du petit vapeur avec sa femme et ses fils s’il
est marié, toutes ses richesses consistant, principalement
dans une carabine, un fusil de chasse, des lignes et
hameçons, sa machine à coudre, son accordéon, sans
oublier le vase intime qui le suit partout, nous ne savons
trop pourquoi. Ainsi équipé, il remonte en canot les
rivières et pénètre jusque dans les parties les plus éloi
gnées de l’immense plaine amazonique.
Le cauchero qui s’est adonné plus particulièrement à
l’exploitation des lianes et arbustes à caoutchouc, reste par
fois absent deux ou trois ans, au bout desquels il revient à
Iquitos ramenant sa récolte, qui peut s’élever jusqu’à plus
de 10.000 kilos, dans des conditions à peu près favo
rables ; il se repose et s’amuse quelque temps, puis repart
pour recommencer la même vie ; c’est un nomade.
Le seringueiro, au contraire, exploite son seringal, ou
estrada (2) comme un agriculteur, et à chaque saison il
se dirige vers Iquitos ou,quelque point de l’Ucayali ou de
quelque autre rivière sur le bord de laquelle il aura
défriché une chacara. Les exploitations sont impossibles
pendant l’époque des pluies ; ce n’est que de juin à fin
novembre que les chercheurs de caoutchouc organisent
leurs expéditions.
XII. — u ne f 0 i s arrivé à un endroit, vierge d’exploita
tions antérieures, le cauchcro installe sa demeure au bord
de la rivière même, sur une élévation s’il le peut, puis il
entreprend plusieurs excursions dans la forêt en établis-
(1) Vcipeur de rivière.
(2) Une estrada ou seringal est un groupe de 100 à 200 arbres à caout
chouc, réunis sur un espace plus ou moins étendu.