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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
bananes grillées et quelques chiques ou acullecos de
coca, suffisent à son alimentation. Mais au retour ou
lorsqu’il a des aliments à discrétion, il mange abondam
ment.
Si l'Indien de la Sierra sale fort peu ses aliments, en re
vanche, ils sont pimentés d’une façon atroce ; le aji
(piment rouge) et le locoto (piment vert) sont employés
sans mesure et à tout propos ; nous devons reconnaître
que cette cuisine pimentée active la digestion. La boisson
favorite du Quechua, après l’alcool toutefois, est la chicha;
celle-ci s’obtient à l’aide de maïs que l’on met germer dans
l’eau froide; une fois séché et moulu on le fait cuire, puis
on le filtre, on y ajoute de l’eau et on le laisse fermenter
plusieurs jours. La chicha mascada (chicha mâchée) se
fait de la même façon, sauf que le maïs, au lieu d’être
moulu, est trituré et mâché par les dents des vieilles
femmes.
L’Indien du Pérou préfère l’élevage à la culture parce
que cela lui coûte moins de peine : des poules pour avoir
des œufs, une chèvre pour du lait, des porcs et des
cochons d’Inde pour avoir de la viande et de la graisse,
un âne, un mulet ou un llama comme bête de charge, et il
se trouvera riche et heureux.
Sur les Hauts-Plateaux, les Quechuas ont l’habitude
d’envoyer leurs troupeaux de moutons ou de Hamas paître
dans la montagne ; ils y vivent là, en liberté absolue, pen
dant trois ou quatre mois. Parfois toutes les bêtes d’un
même village sont confiées à un seul pâtre qui a bien
voulu accepter d’affronter pendant plusieurs mois une soli
tude effrayante, et cela contre une rétribution des plus
modestes qui lui sera payée à la fin de la saison ; elle con
sistera en barils de chicha, alcool, et une certaine quantité
de laine. Ces pâtres sont les plus ignorants et les plus