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PREMIERES NOTIONS
« chacun pour soi » se transforme, bon gré mal gre,
en (( chacun pour tous ).
Il y a incontestablement une part de vérité dans
ce tableau, que l'on trouve pent en couleur plus
ou moins rose dans tous les livres des économustes
classiques (1) ; et comment, en effet, ces sociétés
subsisteraient-elles avec leurs caractéres, qui ne
changent guére, s'il n'y avait pas un ordre naturel
qui régle leur destinée? Mais il y a aussi évidem-
ment une part d’illusion puisque le mécontentement
des masses ne cesse de grandir et, en ce moment,
menace |’Europe d'une révolution. Cherchons donc
a dégager ce qu'il faut retenir de 'ordre économi-
que actuel et ce qui doit étre abandonné.
D’abord, gardons-nous du ridicule de mépriser
I'intérét personnel, de le flétrir sous le nom
d’égoisme et de croire qu on pourrait trouver a
remplacer facilement ces moteurs de I'activité hu-
maine par quelque autre ressort. Il est naturel de
penser a soi; I’Evangile méme ne nous dit pas le
(1) Indiquons seulement Les Harmonies Economiques
de Bastiat, Les Lois naturelles de I' Economie politique de
Molinari, et, plus prés de nous, La Morale de la Con-
currence de M. Yves Guyot.