L’ÉCHANGE INTERNATIONAL 347
teurs réclament auprès des pouvoirs publics des droits pro-
tecteurs c’est parce qu’ils estiment que leurs prix de vente
sont insuffisants ou parce qu’ils craignent de les voir baisser
et, par conséquent, les droits réclamés n’ont d’autre but que
de déterminer cette hausse ou, ce qui revient au même,
d'empêcher la baisse prévue. Et si on venait leur dire : Nous
vous accordons les droits demandés, mais nous vous avertis-
sons qu'ils ne feront pas monter les prix — nul doute que les
intéressés ne répondissent : s’il doit en être ainsi, gardez vos
droits protecteurs, nous n’en avons que faire !
La hausse des prix est donc, sinon toujours le résultat, du
moins toujours le but du protectionnisme. Cela est si vrai que
dans les temps de disette le législateur se hâte de suspendre
je droit. Dès le début de la guerre aciuelle tous les États se sont
empressés de décréter la libre entrée des céréales et autres
denrées, afin d’enrayer si possiblela hausse des prix. Com ment,
en présence de tels faits, pourrait-on soutenir de bonne foi
que les droits de douanes n’ont pas d’effet sur les prix ?
3° Quant à l’argument fiscal, il y a été déjà répondu parce que
nous venons de dire. Il ne serait fondé que s’il était établi
que le droit de douane est payé par l’étranger ; cela peut
arriver exceptionnellement, mais il est absurde de l’ériger en
thèse générale. Ce serait vraiment trop commode si un pays
pouvait se procurer l’argent dont il a besoin en le prenant
dans la poche de l'étranger. Et d’ailléurs si tel était le cas,
comme chaque Etat ne manquerait pas d’user du même pro-
cédé, aucun ne s’en trouverait mieux.
Au reste, les libre-échangistes ne critiquent pas le droit de
douane en tant que droit fiscal, mais ils font remarquer avec
raison que le but fiscal non seulement ne doit pas être con-
fondu avec le but protectionniste mais même lui est opposé.
En effet, si le droit a un but protectionniste il ne peut avoir
pour objet que de réduire l’importation et par là de tarir la
source même du revenu fiscal. Au contraire, si le droit est
fiscal, le fisc devra, comme tout marchand pour fixer son
prix, chercher le tarif qui, multiplié par la quantité importée,
donnera le bénéfice maximum.
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