Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

PROGRÈS DES RUSSES. 
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uns et des autres. Il recula, rembarqua ses soidats, reprit 
la mer pour échapper aux Turcs. Ceux-ci se vengèrent sur 
les Grecs, ordonnèrent d’épouvantables massacres à Tripo- 
litza, Trikala, dans les îles, à Lemnos, à Smyrne. Les Grecs 
s’en prirent à ceux mêmes qu’ils venaient d’acclamer ; ils 
s’indignèrent contre ce qu’ils appelaient « la fuite des 
Russes ». Leurs désillusions éclatèrent en manifestations 
tumultueuses contre la tsarine qui les avait trompés et 
livrés sans défense à la vengeance du sultan. 
L’échec était grave. Orlof le répara bientôt, grâce à des 
circonstances heureuses. Les vaisseaux turcs de l’Archipel, 
ignorant la position exacte de la flotte russe, furent poussés 
parles vents dans la rade de Tchesmé, derrière l’île de Chio; 
ils s’y serrèrent les uns contre les autres dans un espace 
trop étroit pour la liberté de leurs mouvements. Orlof survint 
et, par un coup d’audace que lui inspira Elphinston, il se 
jeta sur les Turcs. Il poussa au milieu de leurs vaisseaux 
immobilisés quelques brûlots : l’incendie se déclara ; en 
quelques instants, il gagna toute la flotte ottomane ; elle 
fut entièrement détruite, presque sans combat, au milieu 
des hourrahs des Russes (3 juillet 1770). Elphinston voulut 
les mener tout de suite à Constantinople ; ils refusèrent de 
le suivre ; il conduisit plusieurs vaisseaux aux Dardanelles, 
s’y maintint quelque temps ; il ne fut pas soutenu. Le baron 
de Tott mit la capitale ottomane en état de défense ; Orlof 
ne parut pas ; il se contenta d’occuper quelques îles de 
l’Archipel. Le succès était ainsi déjà considérable ; l’eflet 
produit en Europe fut immense : il sembla que l’empire 
ottoman fût à la merci de Catherine II. 
L’Autriche s’alarma. Elle craignit que la question d’Orient 
ne fût aussitôt résolue par les Russes, et sans elle ; elle n’y 
pouvait consentir. Elle se rapprocha de la Prusse, comme 
elle devait le faire, en des circonstances analogues, un 
siècle plus tard, quand l’armée russe en 1878 vint camper 
devant Constantinople. L’empereur Joseph II eut avec le 
roi de Prusse Frédéric II deux entrevues consécutives, à 
Neisse et à Neustadt : il renonça à jamais à la Silésie ; il 
obtint à ce prix l’appui de Frédéric ; ils fondèrent ensemble 
ce qu’ils appelèrent « le système patriotique allemand », se 
promirent un concours mutuel à la fois contre la France et 
contre la Russie. 
Les Russes avaient remporté de nouveaux succès au nord 
du Danube. Ils avaient conquis la Crimée, obligé le khan
	        
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