Full text : Principes d'économie politique

LA DIVISION DU TRAVAIL
rations distinctes (1) : or, il est clair que le nombre d’ouvriers
 qu’un industriel peut employer dépend de l’étendue
de sa production. De même, s’il s’agit de la division de travail
 professionnelle, un artisan ou un marchand ne peut se
spécialiser dans la production ou le commerce d’un seul
article qu’autant qu’il peut compter sur un nombre suffisant
de clients. En sorte qu’on peut formuler cette loi — une des
rares indiscutées : la division du travail est en raison directe
de l’étendue du marché.
C’est pour cette raison que, comme on l’a fait remarquer
souvent, la division du travail n’existe guère que dans les
grands centres et est inconnue à la campagne ou au village.
Là on trouvera pêle-mêle dans une même boutique, épicerie,
charcuterie, jouets d’enfants, papeterie, mercerie, tous les
articles qui constitueraient dans une grande ville autant de
commerces différents (2). La raison en est évidente. L’homme
au village, est obligé de faire tous les métiers par la bonne
raison qu’un seul ne suffirait pas à lui faire gagner sa vie.
Au contraire, quand une industrie réussit à avoir pour
marché le monde entier, alors non seulement elle peut se
spécialiser dans la production de certains articles ne répondant
 qu’à un besoin très limité — parce que le nombre
immense des consommateurs compense comme débouchés
l’étroitesse du besoin — mais de plus, dans cette industrie
spécialisée, elle peut pousser à ses extrêmes limites la division
 technique du travail. C’est une des raisons qui expliquent
 la force irrésistible de la grande industrie et des trusts,
(1) Ce serait un très faux caleul de croire qu'on pourra réaliser la division
du travail en employant un seul ouvrier pour chaque opération distincte : il
en faut en général beaucoup plus. Supposons que la fabrication d'une aiguille
comprenne trois opérations, la tête, la pointe et l'œil. Supposons qu'il faille
10 secondes pour chaque pointe, 20 pour la tête et 30 pour percer l'œil. Il
est clair que pour tenir pied au seul ouvrier des pointes, il faudra 2 ouvriers
pour les têtes et 3 pour les œils ; il faut done en tout non pas 3, mais
6 pusriers, sans quoi le premier restera une partie de la journée les bras
croisés.
(2) On pourrait croire, à première vue, que les grands barars des capitales,
Louvre ou Bon Marché, sont dans le même cas, puisqu'ils vendent toute espèce
d'objets? Mais point du tout, car chaque « rayon » est spécialisé et forme
comme un magasin autonome.

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