Full text: Principes d'économie politique

L’ÉCHANGE INTERNATIONAL 1 
Dans un discours, le prince de Bismarck parlait de ces bre- 
chets qu’on piace dans les étangs peuplés de carpes afin de 
tenir celles-ci en haleine et les empêcher de prendre le goût 
de la vase. Cette comparaison serait de mise ici. Si l’on veut 
— et tel est précisément le but des protectionnistes — qu’un 
pays garde son rang de grande puissance industrielle et 
commerciale, il faut l’obliger à renouveler constamment son 
outillage et ses procédés, à éliminer sans cesse les organes 
usés ou viciilis. 
3° Au point de vue de la répartition, les droits protecteurs 
créent une injustice, car ils ont pour effet de garantir un 
revenu minimum aux propriétaires, revenu qui leur est payé 
par les consommateurs sous forme de majoration de prix, 
comme nous venons de le voir, et privilège d’autant plus 
choquant que la loi refuse (hormis de rares exceptions) de 
garantir aux salariés le salaire minimum qu’ils réclament 
aussi. Ce n’est pas à tort que les libre-échangistes reprochent 
au protectionnisme d’être le socialisme des riches. 
4° Enfin si nous quittons le terrain économique pour nous 
transporter sur celui de la politique internationale, le protec- 
tionniste nous apparaîtra comme ayant été, dans le passé et 
plus encore de nos jours, une des causes les plus redoutables 
des guerres internationales. Le vocabulaire des protection- 
nistes est lui-mème tout rempli de mots et d’imagesempruntés 
à la guerre ; on n’y entend parler que de guerre de tarifs, d’in- 
vasion de produits étrangers, de conquète des marchés exté- 
rieurs. Quand un pays a été nourri de cette idée qu’il ne 
peut s'enrichir ou même faire vivre sa population qu’en 
s’ouvrant des débouchés au dehors, il est bien tenté, s’il ne 
peut y réussir de bonne grâce, de les ouvrir par la force. Et 
il doit arriver encore ceci que lorsqu’un pays se voit fermer 
produits manufacturés, elles auront à disputer aux marchandises étrangères 
le marché international. C’est ce qu'on appelle l'admission temporaire. A°n 
d'éviter des fraudes trop faciles, on fait souscrire à l'importateur un engage- 
ment de payer les droits sous peine d'amendes sévères (avec caution, d’où le 
nom d'acquit-à-caution) — si, dans un certain délai, il n’a pas justifié de la 
réexportation de ces matières premières transformées. 
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