3: PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
les marchés des pays voisins, alors il va chercher outre-mer
les débouchés qu’il estime indispensables à son industrie ou
à sa population, en sorte que le protectionnisme apparaît
comme un des facteurs de la politique coloniale, et celle-ci
engendre à son tour de nouveaux conflits. Sans entrer dans
des précisions qui seraient en dehors du cadre de ce livre,
on ne peut mettre en doute que les rivalités coloniales
n’aient été pour beaucoup. dans l’état de tension qui a pré-
cédé et préparé la guerre actuelle (1).
Le régime de traités.
S’il fallait opter entre les deux régimes que nous venons
d’exposer, protectionnisme ou libre échange, nous n’hési-
terions pas à préférer le second, car nous pensons avec
Bastiat que, toutes les fois qu’il y a doute, c’est l’intérêt du
consommateur qui doit servir de norme.
Néanmoins le régime libre-échangiste, compris à la façon
anglaise, le free trade de Manchester, ne nous paraît non
plus réaliser l’idéal désirable dans les relations entre nations.
Il se trouve même, à notre point de vue, entaché d’un vice
quasi rédhibitoire : c’est de s’en remettre, pour le bien de
tous, au laisser-faire, à cet acte de foi que tous les actes indi-
viduels d’échange entre habitants de tous pays doivent cons-
pirer inconsciemment au bien de tous. Or nous avons essayé
dans ce livre à maintes reprises de montrer la fragilité de ce
finalisme optimiste, tout particulièrement quand il s’agit des
bienfaits de la concurrence.
Si donc le régime protectionniste nous paraît haïssable c’est
(1) On sait que dans les fameuses 14 propositions du président Wilson se trouve
celle-ci (la 3°): « suppression, autant que possible, de toutes ‘les barrières éco-
nomiques et égalité des relations commerciales pour toutes les nations consen-
tant à la paix et à une association en vue de la maintenir ».
Mais elle n'a passé que sous une forme méconnaissable et sans portée dans
le Pacte de la Société des Nations (article 23° du Traité de Versailles).
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