DES BANQUES 287
L'invention de ce modeste instrument de crédit qui est le
carnet de chèque n’a été rien moins qu'une révolution dans
l’ordre économique : il tend en effet à rendre la monnaie
inutile, ainsi que nous l'avons montré précédemment (p. 377).
Dans quel cas, en eflet, a-t-on besoin d’argent? Uniquement
pour payer des dépenses. Or, le chèque est précisément le
moyen le plus commode de payer toute dépense puisqu'il
suflit d’inscrire un chiffre et un nom sur une feuille de papier
et de la remettre, après l’avoir détachée du carnet, à son
créancier, à son fournisseur, à quelque bonne œuvre pour
sa cotisation, à l’Etat pour l’impôt, ete. En Angleterre et aux
Etats-Unis, l’usage du chèque est si répandu qu’un homme
riche n’a jamais d'argent sur soi ni chez lui : l’anecdote a été
souvent répétée de ces voleurs qui, ayant dévalisé un
milliardaire, furent eux-mêmes volés, n’ayant trouvé sur lui
que 27 cents (27 sous), plus l’inséparable carnet de chèques.
Mais, en France, le chèque, s’il est très employé dans les
affaires, est encore aujourd’hui très peu usité pour le règle-
ment des dépenses quotidiennes, et les efforts pour faire
l’éducation du public à cet égard — on s’y est appliqué sur-
tout depuis la guerre — n’ont pas donné encore de grands
résultats. Pourquoi ?
C’est parce que, il est vrai, le chèque a certains inconvé-
nients, mais auxquels il est facile de porter remède :
1e Celui qui a reçu le chèque doit prendre la peine d’aller
le toucher chez le banquier : or n’est-il pas naturel qu’il pré-
fère être payé immédiatement par son débiteur ? — Oui, tel
est le cas, en effet, en France, et c’est un des principaux
obstacles à la diffusion du chèque, mais tel n’est pas le cas
dans un pays où chacun a un compte courant chez un ban-
quier — celui qui reçoit le chèque aussi bien que celui qui le
donne. En ce cas le créancier, ou fournisseur, qui reçoit le
chèque ne prend pas la peine de le toucher, mais l’envoie à
son banquier qui se charge de l’encaisser et le portera au
crédit de son client ;
20 Le chèque peut être perdu ou volé. — C’est, en effet, un
risque qui lui est commun avec le billet de banque, mais il y
té