PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
Enfin si l’élévation de l’escompte est forte et suffisamment
prolongée, elle amènera un troisième résultat, la déprécia-
tion de toutes les marchandises. — Nous venons de dire que
les commerçants qui ont besoin d’argent commençaient
d’abord par s’en procurer en négociant leur papier de com-
merce, que si cette ressource leur faisait défaut ou était trop
onéreuse, ils se rabattaient sur les valeurs de Bourse qu’ils
pouvaient avoir en portefeuille ; mais enfin, s’ils sont à
bout de ressources, il faudra bien, pour se procurer de
l’argent, qu’ils vendent, qu’ils « réalisent » les marchan-
dises qu’ils ont en magasin. De là une baisse générale des
prix. Mais cette baisse, ici encore, va produire les mêmes
effets et sur une plus grande échelle, c’est-à-dire qu'elle va
provoquer les achats de l'étranger, augmenter par là les
exportations de la France et par suite la rendre créancière
de l’étranger.
En somme, on peut résumer tous ces effets en disant que
la hausse du taux de l’escompte crée une rareté artificielle de
monnaie (1) et par là provoque une baisse générale de toutes
les valeurs — ce qui est sans doute un mal; mais qu’elle pro-
voque aussi, par voie de conséquence, des demandes consi-
dérables de l’étranger et par suite des envois d'argent — ce qui
est un bien, et précisément le remède qui convient à la
situation.
Il ne faut pas croire que la guerre, quoiqu’elle soit la plus
terrible des crises, ait eu pour effet une hausse énorme du
taux de l’escompte. Car il ne faut pas oublier que les Banques
de tous pays se trouvent suffisamment garanties par la dis-
pense de rembourser leurs billets, comme aussi par l’inter-
diction d’exportation de l’or : elles n'ont donc nullement
besoin, pour défendre leur encaisse, de recourir à la mesure
défensive qui est la hausse du taux de l’escompte. Cependant
(1) Arlificielle, disons-nous, mais qui correspond pourtant à une réalité ou
du moins à une éventualité qui tend à se réaliser, à savoir la fuite du numé-
raire à l’étranger. On guérit le mal par un mal semblable : c’est le précepte
de l’école homéopathique en médecine, sim?lia similibus.
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