4: PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
Toutefois cet arrêt complet des avances et de l’escompte,
que nous venons de supposer, serait une mesure trop radi-
cale. D’une part, il provoquerait dans le pays une crise ter-
rible en supprimant ses opérations et, du même coup, ses
bénéfices. Mais la Banque peut obtenir le même résultat,
d’une façon plus douce pour le commerce et plus avanta-
geuse pour elle-même, en restreignant simplement le montant
de ses avances et de ses acomptes : il lui suffit pour cela soit
d’en élever le taux, soit de se montrer plus exigeante pour
l’acceptation du papier présenté à l'escompie, notamment en
refusant celui dont l’échéance est trop éloignée ou dont la
signature ne lui paraît pas assez solide.
Sans doute cette mesure, appliquée avec modération, est
peu agréable aux commerçants — d’autant moins qu’elle
rend plus difficile de se procurer le numéraire justement au
moment où l’on en a le plus besoin. On l’a même accusée
d’avoir souvent provoqué des crises et nous le croyons sans
peine, C’est un remède héroïque, mais à cause de cela, c’est
bien celui qui convient à la situation, et une Banque pru-
dente ne doit pas hésiter à y recourir pour défendre son
encaisse — on appelle cela « serrer l'écrou ». Son effica-
cité a été pleinement démontrée par l'expérience,
Non seulement elle a d’heureux résultats pour la Banque
en ce sens qu’elle pare le coup qui la menace, mais elle pro-
duit d’heureux effets pour le pays lui-même en modifiant
d’une façon favorable sa situation économique.
Supposons, en effet, que la France soit menacée d’avoir
à faire de gros paiements à l’étranger. Le relèvement du
taux de l’escompte, fait à propos, va intervertir sa situa-
tion en la rendant créancière de l’étranger pour des
sommes considérables et par conséquent va provoquer un
afflux de numéraire étranger, ou tout au moins empêcher
la sortie du numéraire national. Voici, en effet, ce qui va se
passer :
Le premier résultat de l'élévation du taux de l’escompte
c’est une dépréciation de tout le papier de commerce. La
même lettre de. change de 1.000 francs, qui se négociait à
10