Full text: Principes d'économie politique

LES PROPRIÉTAIRES FONCIERS , 
Néanmoins, il est toujours possible, en théorie sinon en fait, 
de retrouver sous les couches accumulées du capital ou du 
travail humain la valeur primitive du sol. 
Elle apparaît d’abord comme à l’œil nu dans la forêt ou la 
prairie naturelle qui n’ont jamais été défrichées ni cultivées 
et qui peuvent pourtant se vendre et se louer à un haut prix ; 
dans ces plages de sables des départements du Gard et de 
l'Hérault qui n’ont jamais été labourées que par le vent du 
large et qui ont fait néanmoins la fortune de leurs heureux 
possesseurs du jour où l’on a découvert par hasard qu’on 
pourrait y planter des vignes indemnes de phylloxéra ; dans 
les terrains à bâtir des grandes villes où jamais la charrue 
n’a passé et qui ont pourtant une valeur infiniment supé- 
rieure à celle de la terre la mieux cultivée. 
Mème pour les terres cultivées, cette valeur naturelle du 
sol apparaît encore d’une façon bien sensible dans l’inégale 
fertilité des terrains, puisque, de deux terres qui ont été 
l'objet des mêmes dépenses, l’une peut rapporter chaque 
année une fortune, tandis que l’autre paiera à peine ses frais, 
Quant à l'argument qu’aucune terre ne vaut ce qu’elle a 
coûté de frais de culture, il repose sur une erreur de comp- 
tabilité (1). Certes! nous ne contestons pas que si l’on addi- 
tionnait toutes les dépenses faites sur une terre française 
depuis le jour où le premier Celte est venu la défricher au 
temps des druides, le total ne se trouvât infiniment supérieur 
à la valeur actuelle de la terre; mais pour que le calcul fût 
juste, il faudrait additionner d’autre part toutes les recettes 
à partir de la même date! et alors certainement le compte 
ainsi rectifié montrerait que la terre a fort bien donné une 
rente permanente et grossissant régulièrement avec le 
temps (2). 
(1) D'ailleurs cet argument n'a pas de sens pour les terrains à bâtir puis- 
qu ils sont toujours des terrains incultes. 
(2) À plus forte raison ne peut-on justifier la propriété fonrière et son revenu 
par l'argument que toute terre a été pénelés à ue d'argent et que par 
conséquent le revenu de la terre n'est que l'intérêt de l'argent ainsi placé. 
Cette réponse, qui, à première vue, parait convaincante, n'est qu’un cercle 
SICIEUX. 
En effet, ce n'est pas parce qu’une terre s'est vendue 100.000 francs qu'elle 
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