LES CAPITALISTES RENTIERS 5
tâche à remplir et du pain quotidien à gagner ? — Peut-être
non. Ces hautes fonctions ne sont pas nécessairement incom-
patibles avec le travail, même manuel. L'existence d’une
classe de rentiers ne serait plus indispensable à la vie intel-
lectuelle, artistique et morale d’une société, du jour où des
loisirs suffisants seraient assurés à tous ces travailleurs.
Historique du prêt à intérêt.
L’usure et la réglementation de l'intérêt.
Toute l’antiquité a pratiqué le prêt à intérêt et sous des
formes terriblement dures; néanmoins nombreux ses grands
hommes, Moïse, Aristote, Caton, usurier lui-même, qui l’ont
flétri. Presque toutes les religions l’ont réprouvé. Après
l'avènement du christianisme, les attaques redoublèrent de
vigueur dans les écrits des Pères de l'Eglise, et quand
l’Eglise eut solidement établi son pouvoir elle réussit à faire
prohiber formellement le prêt à intérêt, dans le droit civil
aussi bien que dans le droit canonique. La loi de Mahomet
a d’ailleurs fait de même : « Dieu a permis la vente, mais
interdit l’usure », dit le Coran. Le vrai musulman.ne touche
pas d’intérêt sur l’argent prêté, pas même chez le banquier
chrétien où il l’a déposé (1).
Quoique cette doctrine ait été depuis lors traitée avec un
profond mépris et considérée comme une marque d’igno-
rance de toutes les lois économiques, elle peut au contraire
très bien s’expliquer historiquement.
Nous avons déjà fait remarquer (p. 367) que le crédit, sous
forme de prêt d'argent, ne pouvait conduire qu’à la ruine
s’il n'avait pas un caractère productif. Or autrefois il ne
pouvait servir et ne servait, en effet, qu’à la consommation.
(1) Les banquiers chrétiens du Caire savent très bien tirer profit de cette
forme de la piété musulmane.
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