; PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
Les anciens et les canonistes ne se trompaient donc pas
si grossièrement qu’on le croit et avaient au contraire une
notion très exacte de l’état économique de leur temps quand
ils déclaraient le prêt stérile.
Ceux qui empruntaient c'étaient les pauvres plébéiens aux
patriciens de Rome, pour s'acheter du pain, les chevaliers
besogneux aux Juifs et aux Lombards du moyen âge, pour
s’équiper pour la croisade, tous pour des consommations
personnelles et par conséquent improductives. Naturellement,
quand venait l'échéance, ils ne pouvaient payer ni les
intérêts ni même le capital, et alors ils devaient payer de
leur corps et de leur travail comme esclaves de leurs créanciers
(1). Dans ces conditions, le prèt à intérêt se manifestait
comme un abus du droit de propriété chez le prêteur,
comme un instrument d’exploitation et de ruine pour l’emprunteur,
et cela suffisait pour expliquer une réprobation
si antique et si tenace.
A cette époque, on ne connaissait presque pas le capital,
même de nom. Mais néanmoins, autrefois de même qu’aujourd’hui,
il y avait beaucoup de gens qui avaient grand
besoin d’argent, et comme autrefois, de même qu’aujourd’hui,
il n’y avait personne qui fût disposé à le prêter gratis, il
fallut bien trouver les accomodements avec le principe. On
s’y ingénia, en effet. et les expédients nombreux et subtils
que la casuistique du moyen âge imagina constituent un des
chapitres les plus intéressants de l’histoire des doctrines.
Voici les principaux :
19 Dans tous les cas où il était établi que l'emprunteur
pouvait réaliser un bénéfice, par exemple, en faisant le commerce
et surtout le plus aventureux des commerces, le
commerce maritime, l’intérêt n’était plus usuraire, mais de-(1)
Les maisons des praticiens de Rome avaient des caves qui servaient de
prisons, ergastula, pour y tenir enfermés les débiteurs insolvables. Au
moyen âge malgré le type shakespearien de Shylock, les débiteurs sont moins
durement traités. Quand il s'agissait d’un débiteur puissant et insolvable, il
devait seulement fournir des otages à ses créanciers et aussi [payer leur
nourriture, ce qui ne laissait pas que d’être fort onéreux. C'est pourquoi les
canonistes disaient : jus usuræ, jus belli.
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