LE CRÉDIT
Ceux qui en ont trop; car dès qu’une fortune dépasse un
certain chiffre, il n’est pas facile à son possesseur de la faire
valoir par ses seules forces — sans compter que, d'ordinaire,
en pareil cas, il n’est guère disposé à prendre la peine néces-
saire pour l’employer;
Ceux qui n’en ont pas assez : car les ouvriers, paysans,
domestiques, qui ont fait quelques petites économies, ne
sauraient donner eux-mêmes un emploi productif à ces capi-
taux minuscules; et pourtant ces petits sous, une fois réunis,
peuvent former des milliards ;
Ceux qui, à raison de leur âge, de leur sexe ou de leur pro-
fession, ne peuvent faire valoir par eux-mêmes leurs capitaux
dans des entreprises industrielles : les enfants, les femmes,
les personnes exerçant une profession libérale, avocats,
médecins, militaires, prêtres, fonctionnaires et employés de
tout ordre.
Et, d'autre part, il ne manque pas de gens de par le
monde, faiseurs d’entreprises, inventeurs, agriculteurs,
ouvriers même, qui sauraient tirer bon parti des capitaux,
s'ils en avaient : malheureusement, ils n’en ont pas.
Dès lors si, grâce au crédit, les capitaux peuvent passer
des mains de ceux qui ne peuvent ou ne veulent rien en
faire aux mains de ceux qui sont en mesure de les employer
productivement, ce sera un grand profit pour chacun d’eux
et pour le pays tout entier. Or, c’est par milliards que se
chiffrent par tout pays les capitaux ainsi soustraits, soit à
une thésaurisation stérile, soit à une consommation impro-
ductive, et fécondés par le crédit. On a dit avec raison que
le crédit avait cette vertu de faire passer à l’état acfi/ les
capitaux qui étaient à l’état /atent. En somme, le crédit joue
vis-à-vis des capitaux le même rôle que l’échange vis-à-vis
des richesses. Nous avons déjà vu que l’échange, en les
transférant d’un producteur à un autre. ne les crée pas mais
sert à les mieux utiliser et à mieux utiliser aussi le travail
des producteurs et les ressources naturelles.
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