Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 
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choient devant nous, sur un lambeau de ciel lavé, leur silhouette étrange 
de bêtes de cauchemar. 
Un souffle passait, soulevant des odeurs moites et des puanteurs tièdes 
(bordures. 
La vieille nous avait rejoints ; habituée a ces descentes de police, elle 
projetait complaisamment la lueur de sa lanterne sur les entassements 
humains qui remplissaient la cour. 
Le grands gaillards étaient couchés la dans un ereintement de brute ; 
d autres s étaient fait un oreiller de leurs deux bras. 
Les profils anguleux apparaissaient sous le dard enflammé delà lumière; 
et dans une espèce de hangar, on apercevait vaguement des ombres 
blanches, qui couraient comme des fantômes. 
—■ Où sommes-nous? demandai-je au commissaire. 
Dans le palais des chiffonniers. 
Le propriétaire de l’immeuble, un juif qui paye trois mille francs à la 
' hle pour avoir le privilège de recueillir tous les chiffons traînant dans les 
ru es, éveillé par les aboiements des chiens et le trouble que jetait notre 
présence, sortit d’une masure et s avança vers nous, en bras de chemise, 
les cheveux ébouriffés, les yeux tout brouillés de sommeil. 
Persuadé que nous cherchions parmi « ses gens » quelque malfaiteur 
dangereux, il nous jurait jiar le sein d Abraham que son personnel n a^ait 
pas été changé ni augmenté depuis la dernière visite du commissaire. 
U était deux heures du matin. Nous continuâmes notre ronde dans la 
ville endormie. 
La nuit se faisait plus épaisse et donnait aux choses des formes sus 
pectes. 
On eût dit qu’une main invisible avait enfoncé les étoiles à coups de 
marteau, comme des clous d’or, au plus profond du ciel. 
La rue que nous avions prise était bordée de petites maisons plates, sans 
étage, accroupies et comme embusquées dans l’ombre. 
Un filet de lumière, échappé de la fente d’un contrevent, nous indiquait 
de temjis en temps une auberge mal famée : asile et repaire des rôdeurs de 
nuit, des vagabonds de banlieue, des musiciens ambulants, des faux estro 
piés, des irréguliers et des truands. 
Nous entrâmes brusquement dans quelques-uns de ces bouges, qui se 
ressemblent tous par leur clientèle de rebut et leur ameublement de mi 
sère. A la vue des gendarmes, les grecs, qui s’exercaient à faire sauter la 
coupe, cachaient vivement leurs cartes, les conversations cessaient; et 
le tavernier, avec un empressement effrayé, un sourire mielleux, le dos
	        
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