LA VALEUR COMMERCIALE ET PRODUCTIVE 181
concours de capitaux publics et privés, nos colonies ne
fourniront jamais à la métropole les matières premières
nécessaires. Je suis sûr que ces capitaux viendront, que
ces travaux s’exécuteront.
3° De beaux espoirs seraient donc permis s’il ne sur-
gissait devant nous un nouvel obstacle, formidable celui-là.
Je veux dire celui de la main-d’œuvre et de la population.
Aucune de nos colonies n’est assez peuplée. Dans aucune,
la population n’est assez abondante ni bien répartie.
D’immenses étendues sont non peuplées. Chose plus grave,
de grandes étendues commencent à se dépeupler. La cause?
Les causes plutôt. Je ne dirai que les principales. Et je
songe surtout à l’Afrique, continentale et insulaire. Mais
je n'exclus pas de ma pensée même l’ Indochine, en dépit
de ses 18 millions d’habitants. Elle concentre le gros de
sa population dans ses deux deltas et dans le chaud
Annam ; mais si ses provinces éloignées de la mer et voi-
sines de la Chine étaient peuplées à proportion, elle devrait
avoir 60 millions d’habitants. Madagascar a 3 millions 1/4
d’habitants et elle est plus grande que la France.
L’Afrique, notre Afrique occidentale, compte 12 mil-
lions d'habitants ; notre Afrique équatoriale 2 millions 1 /2.
Elles devraient en avoir 80. Pourquoi en ont-elles si peu?
Je résume : ces gens ne mangent pas, ils n’ont jamais
mangé à leur faim. Ils sont débiles et victimes fragiles
des maladies endémiques : fièvre, paludisme, fièvres récur-
rentes, maladie du sommeil. Ils sont décimés par des
maux ou des vices apportés par nous ou contractés par
eux chez nous : alcoolisme, maladies vénériennes, etc.…
Et cela ruine pour quelque temps nos espoirs économiques.
Comment assurer, comment développer la production
avec une main-d’œuvre en décroissance?
Toutefois, il se tente en ce moment une épreuve capi-
tale et magnifique. Un homme de bien, un cerveau de
savant, un cœur de saint, le docteur Lasnet, inspecteur
générat du service de santé. homme éminent qui, après