Object: Principes d'économie politique

LA MONNAIE MÉTALLIQUE 27 
Les difficultés du troc (voy. ci-dessus, p. 241) ont ‘forcé les 
hommes à choisir une marchandise tierce destinée à figurer 
dans chaque échange. Ils ont choisi naturellement celle qui 
leur était la plus familière et de l’usage le plus général, tout 
d’abord les produits spontanés de la nature et plus tard des 
produits fabriqués. Les coquilles (cauries) des populations 
côtières de l’Afrique, les noix de coco et plumes colorées 
d'oiseaux dans les îles du Pacifique, ont dû précéder 
ethnographiquement, sinon chronologiquement, les pointes 
de flèche en silex taillé qui sont déjà des produits indus. 
triels. 
Dans les sociétés patriarcales c’est naturellement leur 
unique richesse, le bétail — buffle, bœuf, ou mouton — qui 
paraît avoir joué ce rôle de marchandise tierce, et la plupart 
des langues indo-européennes, même la langue basque, nous 
ont transmis le souvenir de cette forme primitive de la 
monnaie dans le nom qu’elles lui donnent et dans l’image 
empreinte sur quelques antiques monnaies (une tête de bœuf 
à Athènes) (1). 
Nombre d’autres marchandises ont aussi, suivant les cas 
et suivant les pays, joué le rôle de marchandises tierces — riz 
au Japon, briques de thé dans l’Asie centrale, fourrures ou 
plutôt couvertures de laine sur le territoire de la baie 
d'Hudson, cotonnades dites guinées ou barres de sel d'Afrique 
centrale — mais il est, entre tous, une certaine catégorie 
d'objets qui ont eu le privilège d’attirer de bonne heure 
l'attention des hommes et qui n’ont pas tardé, dans toutes les 
sociétés tant soit peu civilisées, à détrôner toute autre mar- 
pourrait en dire exactement autant de son diner! Comme le dit très bien 
M. de Laveleye : « Le plus pauvre ouvrier consomme les produits des deux 
mondes. La laine de ses habits vient d'Australie ; le riz de sa soupe, des 
Indes ; le blé de son pain, de l'Illinois : le pétrole de sa Tampe, de Pensylvanie ; 
son café de Java... » (Eléments d’Économie politique, p. 198.) 
(1) Notamment le mot latin pecunia qui désignait, à l’origine, le bétail, le 
troupeau. Et dans Homère, on voit que les valeurs, celles des armures de 
Dionède et de Glaucus, par‘exemple, sont évaluées en « bœufs ». 
De là l'expression, qui a paru si risible, dans la traduction d'Eschyle 
par Leconte de l'Isle, dire pour acheter le silence de quelqu'un : « Mettre un 
bœuf sur sa langue ». 
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