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rents non sémites. Cela n’empêche pas qu'on trouve
quelques Juifs même parmi les dirigeants du mouve-
ment des détaillants.
La présente étude n’étant pas consacrée spécialement
au problème juif, nous n'avons pas cru devoir relever
en détail les nombreux passages où Israël est pris à
partie par les sauveurs de la classe moyenne. En Suisse
(Blumer-Egloff), ils ne sont pas plus oubliés qu’ail-
leurs. On nous montre en style pathétique ces Orien-
taux au nez crochu venant drainer, à l’aide des grands
magasins, l’épargne d’un peuple déjà pas trop riche,
pour l’emporter à l'étranger.
Il s'est trouvé des auteurs pour prétendre que si les
organisateurs de la classe moyenne n’avaient pu faire
appel, pour grouper cette classe, à une haine de race‘
(implicitement, sans avoir besoin de le crier sur les
toits), ce groupement n’aurait jamais pu être réalisé,
! V. Wernicke, Kapitalismus u. Mittelstandspolitik, p. 451,
où il cite Biermer (Die Mittelstandsbewegung und das Wa-
renhausproblem, Giessen, 1905). Biermer estime que le bon
accueil fait par le public aux réclamations des détaillants
tient à ce qu’elles flattaient la passion antisémite. Et en effet,
il est difficile de trouver une autre explication plausible de
cette faveur du public. Ce ne peut être une affaire de cons-
cience de classe, celle-ci manquant dans la classe moyenne,
ainsi qu’il est dit à la page 3 du 29e rapport annuel de l’A.
E. S. («Ce fait est d’une importance si capitale, est-il mê-
» me ajouté, qu’il faut l’exprimer sans relâche, sans vaine
» crainte des redites. ») Ce ne peut non plus être une affaire
d’iniérêt, comme Brandenberger Favoue sans ambages
quand, parlant de la propagande des sociétés de consom-
mation (et la même chose pourrait être dite des grands
magasins), il affirme que, «de son côté, le consommateur
»n’avait aucun intérêt à y faire une obstruction quelcon-
» que.» (La Croisée des routes, p. 2.) À cet ordre de consi-
dérations se rattache le fait déjà constaté que parmi ceux
qui tonnent le plus contre l’existence des grands magasins
et des coopératives, il en est à qui ils sont utiles, puisqu’ils
les fréquentent. Leur animosité a donc nécessairement une
autre source que l’intérêt personnel.