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Veut-on identifier l'intérêt général avec l'intérêt de
l’Etat? Il faudrait alors démontrer, et non seulement
affirmer, que cet intérêt coïncide avec celui de la classe
moyenne. Nous avons cité, au cours de notre première
partie, plusieurs passages tendant à faire cette démons-
tration. Néanmoins, chez les auteurs, la volonté de per-
suader dépasse la volonté de prouver. Ils adopent le
mode affirmatif, Avoir trouvé la vérité leur importe
peut-être moins que d’avoir convaincu une majorité.
Comment expliquer, sans cela, qu’on se donne au fond
si peu de peine pour démontrer à l’aide de preuves his-
toriques que la grandeur et la décadence des Etats vont
de pair avec la grandeur et la décadence des classes
moyennes ? Nous ne nous rappelons pas avoir rencon-
tré une seule fois, au cours de nos lectures sur la ques-
tion, le nom de Montesquieu, auteur de l’« Essai sur les
causes de la grandeur des Romains et de leur décaden-
ce », dont la mention serait cependant inévitable dans
des travaux de cette nature s’ils étaient conçus avec
tout le sérieux désirable.
Il va sans dire que l'Etat ne se laissera pas aisément
convaincre de l'identité de ses intérêts avec ceux de la
classe moyenne. D’autres classes lui tiennent ce lan-
gage. Il est lui-même, soit l’émanation de toutes, et com-
me tel peu enclin à favoriser les unes aux dépens des
autres, soit l'émanation de l’une d’entre elles, et comme
tel enclin à une partialité dont la classe moyenne n’aura
pas nécessairement le profit, d’autant moins qu’elle se
déclare anti-étatiste dès qu’il ne s’agit plus pour elle de
tirer profit de l’organisation politique. Ses représentants
n’en font du reste pas mystère :
« Quand bien même les classes moyennes sont par
» meininteresse im Sinne eines gleichen Interesses gibt es
pnicht. Bei jeder Neugestaltung müssen bestimmte
» Interessen geschädigt werden. » (Sombart, conférence cit).