PREMIÈRE PARTIE
LA CRISE
CHAPITRE PREMIER
La prospérité apparente du petit commerce.
On éprouve toujours de grandes difficultés lorsqu'on
cherche à définir la classe dite moyenne ou les groupes
qui la composent. Un de ses coryphées allemands les
plus écoutés il y a un quart de siècle, Suchsland, pro-
fesseur de gymnase à Halle, qui aurait dû le savoir,
s'est révélé incapable de délimiter de façon satisfaisante
la classe moyenne. Cette classe jouit, d'après lui, d’un
revenu moyen (mais les limites qu'il fixe sont évidem-
ment arbitraires) et jouit de l’indépendance économique,
c’est-à-dire qu’elle est formée de gens qui travaillent à
leur compte. Suchsland limite donc sa définition à ce
qu’on appelle la classe moyenne ancienne, celle dans
laquelle on refuse de compter des salariés quels qu’ils
soient. Quant aux autres explications de Suchsland sur
la classe moyenne, elles sont si obscures que nous re-
noncons à les analyser !. Comme caractéristiques de la
1 Cf. Wernicke, op. cit, p. 320, note 1. Suchsland, politicien
passionné du parti conservateur agraire, nous semble un
esprit assez borné, et nous n’en parlons qu’en raison de l’im-
portance qu’on lui a accordée dans les milieux qui se sont
occupés des problèmes faisant l’objet du présent travail.
Les définitions de Suchsland au sujet de la classe
moyenne ont donné lieu à des critiques cinglantes, par exem-
ple de la part de Georg Gothein, dans sa brochure : Mittel-