49
»da légèreté ou qui, tout au moins, peuvent être taxées
» d’irréfléchies, sont à l’ordre du jour » *.
On voit que, à presque trente ans de distance, l’aspect
de la question n’a pas beaucoup changé.
Les imprudents qui se sont lancés à l’étourdie dans
‘a carrière dont ‘ils ignoraient tout et qui ont dû l’aban-
donner au bout de peu de mois, ont non seulement
oerdu leurs illusions et leur temps ; ils ont aussi perdu
leur modeste (trop modeste !) capital et souvent leur
bonne renommée, dans le cas où ils ont fait faillite et
laissé des dettes impayées (actes de défaut de biens).
Mais ils n’ont pas nui qu’à eux-mêmes. La vente pré-
cipitée, libre ou sous autorité de justice, des marchan-
lises qu’ils ont en magasin ne peut être réalisée avec
la rapidité nécessaire que moyennant des rabais extra-
ordinaires. Le public, toujours prêt à céder à l'illusion
qu’il fait un bénéfice en achetant au-dessous des prix
du marché, alors qu’il fait tout au plus une économie
(et seulement dans le cas où il a besoin de la ‘chose
qu’il achète, où il ne l’achète pas seulement parce que
c’est bon marché)?, vole à ces liquidations et délaisse
pour elles le commerce régulier. Ces ventes à tout prix
! Loc. cit. «Leichtsinnige oder wenigstens ganz unüber-
>legte Geschäftsgründungen sind an der Tagesordnung. »
? Cette distinction entre économie et bénéfice, ainsi qu’en-
tre économie réelle et économie fictive, suivant qu’on a ou
non besoin ‘de l’objet qu’on achète, peut paraître subtile, au
premier abord. Elle correspond pourtant aux faits et ac-
querra une grande importance le jour où l’on voudra se
mettre sérieusement à l’éducation économique du public
acheteur. Une très vieille plaisanterie l’illustre assez Licn.
Un demandait à un ivrogne à quoi il avait passé sa journée.
«Elle m’a rapportée un franc, dit-il. Je suis allé au village
voisin et j'ai bu dix demis. Or, le demi coûte là-bas dix
centimes de moins qu’ici.» Beaucoup d’acheteurs d’« occa-
sions » résonnent exactement comme cet ivrogne. Rares sont
ies gens qui ont bien en tête ce principe si simple : « Ce dont
Dn n’a pas besoin est toujours trop cher. »