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Bien entendu, nous n’accusons pas toutes les maisons
de gros d’abuser de la situation difficile du petit com-
merce et nous ne prétendons même pas que celles qui
s’abstiennent sont des oiseaux rares. Force nous est ce-
pendant de conclure de ce qui précède que le commerce
de gros a pris assez peu conscience de la solidarité qui
le lie avec le commerce de détail. I] paraît n'avoir com-
pris qu’assez tard qu’il ne suffit pas qu’il y ait toujours
des consommateurs pour que son existence soit assurée :
il faut encore qu’il y ait des détaillants, Et il faut de
plus que les détaillants s'adressent à lui. La création des
sociétés d’achat, sur laquelle nous aurons à revenir,
montre qu’ils n’y sont pas contraints le moins du mon-
de. C'est à tort qu’on a reproché au petit commerce ex-
ploité par les grossistes de faire à autrui ce qu’il ne
» cette liberté fait invariablement surgir.» (Ch. Blanc et Dr.
R. Jaccard, op. cit, p. 23).
Il nous semble qu’on met un peu trop tous les abus dans
ce panier-là. En fait, il y a bien des siècles qu’il se trouve
des gens prêts à acheter à prix d’argent la liberté écono-
mique d’autrui. Sombart (entre autres: Der Bourgeois,
p. 124), voit dans l'emprise des artisans riches sur les arti-
sans pauvres, par le moyen de prêts d’argent, le germe de
l’entreprise capitaliste, et, en fait, il s’agit bien là d’un pro-
cessus de prolétarisation. Les gouvernements du temps en
voyaient parfaitement le danger et tâchaient d’y parer à
l’aide de défenses … qui n’ont pas empêché le triomphe du
capitalisme, C’est ainsi que la corporation « Arte della Lana
di Pisa » interdit au 14e siècle de prêter à l’ouvrier plus de
25 livres s’il habite la ville et plus de 50 livres s’il habite la
campagne. Personne ne peut faire travailler des ouvriers
tisserands dans un autre atelier que le sien propre. (Pas
de maisons à succursales et de clients tenus! C’est donc
qu’il y en avait, et beaucoup, puisqu’il fallut songer à les
interdire). En 1548, on interdit en Angleterre aux maîtres
riches de pourvoir les maîtres pauvres de cuir, dans les
corporations qui travaillent cette matière première. Une
année plus tard, l’interdiction est supprimée : l’abus était
si profondément ancré qu’il était devenu impossible de s’en
passer. Cette situation avait-elle attendu, pour naître, que
la liberté de l’industrie et du commerce fût proclamée ?