126
LA IL O A GUIE
mité suave et d’une simplicité idyllique, avec une végétation tout italienne.
Je ne crois pas que l’on puisse rêver des ombrages d’une fraîcheur plus déli
cieuse, des arbres fruitiers plus beaux, des gazons plus verts, des perspec
tives plus profondes et à la fois plus variées et plus imprévues. Du côté de la
montagne, les coteaux se couronnent joyeusement de pampre comme des
faunes antiques, et il y a une petite gorge boisée formée par le rapproche
ment de deux collines : une gorge mignonne qui n’a l’air de rien et qui est
charmante à voir, comme une fossette à la joue rieuse d’une jolie fille. Du
côté de la plaine se déroulent des prairies d’une beauté plantureuse : tapis
a fond de velours vert étoilé de blanches marguerites, et que les champs de
blé bordent d’une large frange d’or.
Nous étions arrivés devant la chapelle du château, qui ne s’ouvre que
deux ou trois fois par an, les jours où le curé de la paroisse vient y célébrer
les messes de fondation. C’est aux seigneurs du pays que le clergé croate
doit tout ce qu’il possède. Tel seigneur a donné un champ, tel autre une
forêt ou une vigne; mais chacune de ces donations a été faite avec cette
clause spéciale, que si un membre de la famille du donataire tombait un
jour dans l’indigence, il serait recueilli et soigné au presbytère jusqu’à la fin
de ses jours. La générosité seigneuriale n’a pas été partout la même, et
comme le clergé n’est pas payé par l’État, qui a respecté les donations, il y
a certaines paroisses où le curé est obligé de dire chaque année du haut de
la chaire à ses ouailles : « Vous savez que je ne possède rien; si la récolte
est bonne, donnez-moi de quoi me nourrir; si vous m apportez trop, rien
ne sera perdu, je le rendrai aux pauvres. »
Les paysans prélèvent alors sur la moisson et la vendange une espèce de
dîme qui sert à l’entretien du culte.
De la chapelle, une allée de mûriers nous conduisit au jardin du château,
ou nous trouvâmes M. X..., coiffé d’un immense chapeau de paille et tout
vêtu de blanc, occupé à cueillir des abricots qu’empcriait la rosée. Un peu
plus loin, sa fille, le corps gracieusement penché en avant, au milieu de
buissons de framboisiers aux baies de corail, semblait nager dans la ver
dure. Un pluvier doré la regardait de son œil noir, du haut d’un poirier en
pyramide au sommet duquel d s était perche. Comme un berger de Florian
en veste et en bas de soie, avec sa houlette enrubannée, se montrant der
rière la haie couverte de liserons, eût bien fait dans le tableau!
Ce jardin est F objet des soins particuliers du père et de la fille; c’est un
de ces coins de terre privilégiés où l’on voudrait s’arrêter pour toujours, une
de ces retraites fleuries, hospitalières et cachées, où F âme se repose comme
un oiseau fatigué qui met sa tête sous son aile. Pas d allées roides ou majes-