Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  IL  O  A  GUIE

mité  suave  et  d’une  simplicité  idyllique,  avec  une  végétation  tout  italienne.
Je  ne  crois  pas  que  l’on  puisse  rêver  des  ombrages  d’une  fraîcheur  plus  délicieuse, ­
  des  arbres  fruitiers  plus  beaux,  des  gazons  plus  verts,  des  perspectives ­
  plus  profondes  et  à  la  fois  plus  variées  et  plus  imprévues.  Du  côté  de  la
montagne,  les  coteaux  se  couronnent  joyeusement  de  pampre  comme  des
faunes  antiques,  et  il  y  a  une  petite  gorge  boisée  formée  par  le  rapprochement ­
  de  deux  collines  :  une  gorge  mignonne  qui  n’a  l’air  de  rien  et  qui  est
charmante  à  voir,  comme  une  fossette  à  la  joue  rieuse  d’une  jolie  fille.  Du
côté  de  la  plaine  se  déroulent  des  prairies  d’une  beauté  plantureuse  :  tapis
a  fond  de  velours  vert  étoilé  de  blanches  marguerites,  et  que  les  champs  de
blé  bordent  d’une  large  frange  d’or.
Nous  étions  arrivés  devant  la  chapelle  du  château,  qui  ne  s’ouvre  que
deux  ou  trois  fois  par  an,  les  jours  où  le  curé  de  la  paroisse  vient  y  célébrer
les  messes  de  fondation.  C’est  aux  seigneurs  du  pays  que  le  clergé  croate
doit  tout  ce  qu’il  possède.  Tel  seigneur  a  donné  un  champ,  tel  autre  une
forêt  ou  une  vigne;  mais  chacune  de  ces  donations  a  été  faite  avec  cette
clause  spéciale,  que  si  un  membre  de  la  famille  du  donataire  tombait  un
jour  dans  l’indigence,  il  serait  recueilli  et  soigné  au  presbytère  jusqu’à  la  fin
de  ses  jours.  La  générosité  seigneuriale  n’a  pas  été  partout  la  même,  et
comme  le  clergé  n’est  pas  payé  par  l’État,  qui  a  respecté  les  donations,  il  y
a  certaines  paroisses  où  le  curé  est  obligé  de  dire  chaque  année  du  haut  de
la  chaire  à  ses  ouailles  :  «  Vous  savez  que  je  ne  possède  rien;  si  la  récolte
est  bonne,  donnez-moi  de  quoi  me  nourrir;  si  vous  m  apportez  trop,  rien
ne  sera  perdu,  je  le  rendrai  aux  pauvres.  »
Les  paysans  prélèvent  alors  sur  la  moisson  et  la  vendange  une  espèce  de
dîme  qui  sert  à  l’entretien  du  culte.
De  la  chapelle,  une  allée  de  mûriers  nous  conduisit  au  jardin  du  château,
ou  nous  trouvâmes  M.  X...,  coiffé  d’un  immense  chapeau  de  paille  et  tout
vêtu  de  blanc,  occupé  à  cueillir  des  abricots  qu’empcriait  la  rosée.  Un  peu
plus  loin,  sa  fille,  le  corps  gracieusement  penché  en  avant,  au  milieu  de
buissons  de  framboisiers  aux  baies  de  corail,  semblait  nager  dans  la  verdure. ­
  Un  pluvier  doré  la  regardait  de  son  œil  noir,  du  haut  d’un  poirier  en
pyramide  au  sommet  duquel  d  s  était  perche.  Comme  un  berger  de  Florian
en  veste  et  en  bas  de  soie,  avec  sa  houlette  enrubannée,  se  montrant  derrière ­
  la  haie  couverte  de  liserons,  eût  bien  fait  dans  le  tableau!
Ce  jardin  est  F  objet  des  soins  particuliers  du  père  et  de  la  fille;  c’est  un
de  ces  coins  de  terre  privilégiés  où  l’on  voudrait  s’arrêter  pour  toujours,  une
de  ces  retraites  fleuries,  hospitalières  et  cachées,  où  F  âme  se  repose  comme
un  oiseau  fatigué  qui  met  sa  tête  sous  son  aile.  Pas  d  allées  roides  ou  majes-
            
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