Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE
paresseux  et  de  suave  qui  manque  à  la  ville  suisse.  Et  la  flore  éclatante
qui  s’épanouit  sous  ce  ciel  donne  à  la  contrée  la  fraîcheur  d’une  oasis.
G  est  par  la  voie  de  terre  que  j’ai  fait  mon  entrée  en  Hongrie  et  que
je  suis  arrivé  à  Fiume.  Cette  route  m  a  semblé  la  moins  battue;  aucun
’voyageur  français  ne  l  a  décrite.
La  gare  de  Fiume  est  assez  éloignée  du  centre  de  la  ville.  Un  omnibus
roulant  au  milieu  d’épais  tourbillons  de  poussière  me  conduisit  à  1  hôtel  de
1  Europe,  sur  la  place  du  Port.  Partout  les  persiennes  hermétiquement
doses,  les  toiles  bariolées  formant  tente  sur  les  balcons,  garantissent  les
maisons  de  la  chaleur  du  jour.
Il  est  une  heure.  La  ville  fait  sa  sieste.  Pas  un  passant,  pas  un  bruit;
seuls,  quelques  perroquets,  du  côté  de  la  rue  plongé  dans  l’ombre,  font
entendre  au  passage  de  la  voiture  leur  voix  perçante  ou  goguenarde.
Fiume,  —  l’ancienne  Tersatica  détruite  par  Charlemagne,  —  formait
jadis  une  petite  république  comme  Gênes,  comme  Venise,  comme
lîaguse.  Un  conseil  de  patriciens  présidait  aux  destinées  du  pays,  et  une
Commune  s’occupait  des  besoins  et  des  intérêts  de  la  ville.  Lorsqu’un
danger  extérieur  menaçait  la  cité  républicaine,  elle  réclamait  tantôt  la
protection  du  duc  d’Istrie,  tantôt  celle  du  patriarche  d’Aquilée.  Mais  un
jour  de  découragement,  le  conseil  décida  de  remettre  les  clefs  de  la  ville
a  1  empereur  Charles  VII,  qui  ne  les  rendit  pas  et  les  légua  à  ses  descendants. ­

Ce  fut  Marie-Thérèse  qui  fit  cadeau  de  Fiume  aux  Hongrois.  En  18  48,
les  Croates  y  entrèrent  en  vainqueurs  et  occupèrent  le  territoire  jusqu’à
la  conclusion  du  compromis  austro-hongrois  (1806).
Fiume,  bien  que  de  nouveau  incorporée  à  la  Hongrie,  a  conservé  une
certaine  autonomie  et  ses  prérogatives  de  port  franc.  Les  écoles  sont  italiennes; ­
  les  délibérations  du  conseil  municipal  se  font  en  italien;  le  seul
journal  qui  paraisse  dans  la  localité,  la  Dilancia  (la  Balance),  est  rédigé
en  italien  par  un  écrivain  de  mérite,  M.  Mohovich.
Fiume  se  compose  maintenant  de  deux  villes  qui  n’en  font  qu’une  :
la  ^mille  ^die  et  la  \  die  neuve.  Celle—ci  s  eléve  h;  long  du  port,  dominant
la  mer;  elle  comprend  deux  ou  trois  rues  formées  de  belles  maisons  à
quatre  étages  qui  ressemblent  à  toutes  les  maisons  à  quatre  étages;  la  principale ­
  de  ces  rues  porte  le  nom  de  A  ia  del  Corso,  mais  les  magasins  ne
révèlent  ni  industrie  active,  ni  besoins  de  luxe.
En  franchissant  la  porte  de  l’Horloge  du  Corso,  on  se  trouve  dans  la
vieille  ville,  qui  s’est  comme  immobilisée  dans  le  passé,  au  milieu  des
            
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