Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE L’ADRIATIQUE AU DAISUF.F.. 
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dôme majestueux. Les bouleaux sveltes, élancés, se balancent et s’inclinent 
avec une coquetterie de femme, je devrais dire : avec une grâce de 
Hongroise. Leurs feuilles tremblantes, agitées sans cesse, produisent un 
bruit d’écailles métalliques , et leur tronc ondulé brille comme s’il était 
drapé d’étoffe d’argent. Au mois de mai, ces vastes forêts sont toutes 
blanches de fleurs ; on dirait que la neige qui recouvre les arbres en hiver 
est tombée à leurs pieds, et quelle y a fleuri. Et de quel monde pitto 
resque d’insectes, d animaux et d’oiseaux, sont peuplées ces retraites 
paisibles, où tout est vie, création incessante, force et travail cachés! 
Une nouvelle surprise nous attendait au bout du chemin bordé d’aubé 
pines, que nous avions pris en sortant du bois. Nous découvrîmes un petit 
moulin dont la vieille roue, tapissée de mousse, battait les flots d’un clair 
ruisseau se perdant sous le couvert des saules et des aunes, groupés en 
bouquet autour de la maisonnette. Oh! le joli moulin! Klipp, klopp! 
Comme il travaillait gaiement ! 
M. L... appela le meunier et lui donna des ordres. C’était un homme 
d une soixantaine d’années, encore vert, se tenant droit comme un piquet. 
Il a été le héros d’une aventure célèbre dans le pays. Un soir, trois brigands 
pénétrèrent chez lui, et le prenant à la gorge, ils le collèrent au mur 
et lui ordonnèrent, sous peine d’etre horriblement maltraité, de ne pas 
bouger. 
Les bandits, épaulant leur fusil, se placèrent à une distance de vingt 
pas. Us étaient un peu gris, et le meunier crut qu’ils voulaient simplement 
lui faire peur; mais le premier tira, et la balle lui effleura l’oreille; le 
second tira, et la balle perça son bonnet. Comme le troisième faisait feu, le 
meunier, qui n avait pas perdu son sang-froid, se plaça, par un léger mou 
vement, en dehors de la ligne de tir. 
— Maladroits que nous sommes! s’écrièrent les brigands. Recommen 
çons. 
Ils s’apprêtaient à recharger leurs armes, mais le meunier ne leur en 
donna pas le temps : il s’élança sur eux, et, se baissant, il les prit par les 
jambes, les culbuta les uns sur les autres, et s’enfuit. 
Trois jours après, on rattrapa les bandits, qui se battaient entre eux dans 
une auberge de la puszta, où ils avaient joué l’argent volé. 
Ils furent pendus. 
— Ah ! vous êtes là ! s’écria dans un mauvais allemand un gros homme 
aux joues rouges, armé d’un fusil, et qui s avança vers nous en écartant les 
branches des saules. 
— C’est notre garde, me dit Al. L... en me le présentant.
	        
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