Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  IlON  G  U  IE

«  Que  faire?  Je  ne  pouvais  la  laisser  partir  seule  et  rester  an  château.  Je
lui  répondis  que  j’étais  prêt  à  l’accompagner.
«  Pour  reconnaître  ma  bonne  volonté,  elle  me  permit  de  m’asseoir  en
face  d’elle  dans  la  voiture.  Mais  la  comtesse,  vous  le  savez,  est  fort  distraite. ­
  Elle  entassa  sur  moi  les  boîtes,  les  cartons;  puis,  s’enveloppant  dans
sa  pelisse,  elle  s’endormit.  J’avais  beau  lui  adresser  la  parole,  elle  ne  me
répondait  pas.  Elle  dormait!  Oh!  elle  dormait.  De  temps  en  temps,  quand
la  voiture  choquait  une  pierre  et  trébuchait,  elle  ouvrait  à  demi  les  veux,
et  me  disait  :—  Où  est  mon  manchon?  Où  est  mon  carton  à  chapeau?  Où
est  mon  nécessaire  de  voyage?  Ne  vous  êtes-vous  pas  assis  sur  la  boîte  à
gants?  Au  nom  du  ciel,  faites  attention,  cher  baron!  Et  elle  se  rendormait.
Ma  foi,  je  finis  par  l  imiter,  et  je  m’endormis,  en  apparence  du  moins,  car
j’avais  les  nerfs  agacés,  et  je  n’étais  pas  du  tout  bien,  mais  pas  du  tout  bien
sous  cette  montagne  de  paquets.
«  Tout  à  coup  la  voiture  cessa  brusquement  de  rouler;  elle  s’inclina  sur
le  flanc,  comme  si  elle  aussi  avait  envie  de  se  coucher  pour  dormir.  La
comtesse  s’éveilla  en  sursaut  et  demanda  d’assez  mauvaise  humeur  ce  qu’il
y  avait.
«  Le  cocher  sauta  de  son  siège,  s’approcha  de  la  portière,  répondit  que
nous  étions  dans  un  chemin  affreux,  entrecoupé  de  fondrières;  il  ajouta
(jne  nous  nous  étions  probablement  égarés.
"  —  Qu’est-ce  que  cela  fait  ?  répliqua  la  comtesse.  Puisqu’il  y  a  un  chemin
devant  nous,  suivons-le  jusqu’au  bout...
“  —  Oui,  oui,  mais...  observa  le  cocher.
<■  —  Ce  chemin  doit  conduire  quelque  part.
"  —  Je  crains  bien,  madame  la  comtesse,  qu’il  ne  nous  conduise  pas  en
lieu  sûr.
"  —  Pleutre!...  Y  a-t-il  en  Hongrie  des  lieux  qui  ne  sont  pas  sûrs?  Où
sommes-nous?
«  —  Votre  Grâce,  nous  sommes  dans  la  forêt  de  Szalonta.
«  Cette  foret  a  une  issue,  une  fin.  On  peut  la  traverser  en  deux  heures.
(.  —  Les  craintes  du  cocher  devraient  nous  faire  réfléchir,  fis-je  remarquer ­
  à  la  comtesse  en  me  mêlant  au  débat.
u  —  Les  craintes  d’un  cocher  ne  comptent  pas,  baron.
«  —  \  otro  cocher  ciaint  cependant,  comtesse,  qu  il  ne  vous  arrive
quelque  chose  de  désagréable...
«  —  Est-ce  que  cela  le  regarde?
«  —  Ou  que  ses  chevaux...
«  —  Oh!  ses  chevaux,  c’est  son  affaire.
            
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