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LA HONGRIE
obtenir le grade de premier valet ou de maître valet, il fallait avoir fait
ses preuves, connaître le calcul, l’écriture, la langue allemande et la
langue hongroise, et les remèdes propres à combattre les maladies des
moutons.
Mais voici Vesprim, agenouillée au pied de la petite colline qui porte le
château du prince-évêque. La ville est entourée de vignes qui appar
tiennent à l’évêché, et dont le vin passe pour un des premiers crus du pays.
Bien que située au fond d’une des contrées les plus fertiles de la Hongrie,
Vesprim semble languir dans un cruel abandon. Ses grandes maisons ont
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Attelages hongrois.
une tristesse de mausolée ; l’herbe pousse dans quelques-unes de ses rues
pavées de cailloux tranchants sur lesquels les fiacres cahotent et les roues
de bois des lourgs attelages rustiques crient miséricorde. La vie agricole
coudoie ici la vie mondaine ; des femmes passent pieds nus à côté des mes
sieurs chaussés de bottes vernies et gantés de gants blancs ; des chariots de
blé conduits par des bœufs au mufle rose et mouillé, d’où pendent des fils
de bave, irisés comme des fils de verre, croisent des voitures de place et des
équipages seigneuriaux ; des bouchers étalent en plein air leurs quartiers
de viande sanglants; des portes basses des magasins s’échappent une
odeur moite et fade de renferme, des émanations d huile de pétrole, de
tabac humide et de vieilles chandelles rances. Les enseignes de ces bou
tiques sont d’un drolatique achevé : au-dessus d’une épicerie, un éléphant
se balance avec un pain de sucre sous la queue. Et partout flottent des
drapeaux ornés du nom des candidats qui se présentent au suffrage des
électeurs.