DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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abondance du vin, du blé, des olives et du miel. L île de Véglia est le
verger et le potager de Fiume. On y élève aussi des troupeaux et des che
vaux d’une race très-estimée, agiles, nerveux, au pied et à l’œil sûrs comme
ceux du cheval corse. Les lièvres, les lapins y courent, aussi nombreux que
dans une garenne. On y tue la bécasse, même en hiver, le canard et la
perdrix en tout temps. On vient de Vienne pour chasser dans les îles; les
princes Windichgrætz et de Cobourg y organisent quelquefois des par
ties, comme les lords anglais des chasses à l’ours en Transylvanie. Véglia
compte quinze petites villes et une cinquantaine de hameaux. Sa popula
tion s’élève à plus de 25,000 âmes. Autrefois, cette île formait une répu
blique, dont le chef, élu pour un an, avait le titre de comte et représentait
le pouvoir exécutif. Mais, pour échapper aux attaques incessantes des
pirates, les habitants de Véglia durent, au douzième siècle, se donner à la
république de Venise. L ile fut constituée en fief pour les frères Juana
Schinella, qui échangèrent ce nom contre celui de comtes de Frangipani.
Le sénat déclara le pouvoir héréditaire dans cette famille. Lorsque le roi
de Hongrie Béla IV fut vaincu par les Turcs, il se réfugia dans File de
Véglia, où il réussit à reconstituer une armée avec laquelle il redevint
maître du pays. Béla donna alors aux Frangipani la ville de Segna et celle
de Fiume. Cette famille devint une des plus riches et des plus puissantes
de la Hongrie; on sait que son dernier descendant, ayant conspiré en 1671
contre l’empereur d’Autriche, fut décapité à Neustadt. La tradition veut
que ce soit en souvenir de cette mort tragique que les habitants de Véglia
continuent de porter des vêtements de couleur sombre qui ressemblent à
des habits de deuil.
Vers les quatre heures, ayant laissé derrière nous File de San-Marco,
nous entrâmes dans la charmante baie de Buccari, en passant devant
Porto-Re, dont le château a été transformé en hôpital spécial pour les
maladies de la peau {le scheliero), si fréquentes dans ce pays, et qui pré
sentent quelques-uns des symptômes de 1 ancienne lèpre. Ce château,
d’une couleur orange, flanqué de deux grosses tours rondes et entouré de
murailles, appartenait aux Frangipani. La tradition veut que ce soit dans
ses murs que Frangipani ait tramé contre F Autriche la conjuration qui le
conduisit à F échafaud.
A F entrée de la baie de Buccari, on voit encore d anciens travaux de
défense élevés par les Français, sous les ordres du général Marin ont. Devant
nous, à F extrémité de son petit port intérieur, formé par un ancien cratère,
et qui a les proportions gracieuses et la transparence azurée du lac du
Bourget, en Savoie, Buccari s épanouit à l’ombre de ses collines en amphi-