Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA HONGRIE 
M. Sivel nous promena d’abord dans ses domaines, c’est-à-dire dans 
b intérieur du port. Nous assistâmes à b immersion de gigantesques blocs de 
pierre qu’on transporte du rivage, et qu’on descend sous l’eau au moyeu 
de fortes chaînes. Mais l’opération la plus curieuse est celle du déchar 
gement, en cinq ou six minutes, des barques qui amènent chaque jour 
des chantiers de Martinsciça des matériaux d enrochement représentant 
500 wagons de chemin de fer. Voici comment on procède : à un signal 
donné, on ouvre les clapets, l’eau s’introduit dans la caisse placée à 1 inté 
rieur de l’embarcation, au milieu, et à mesure que le réservoir se remplit, 
ou voit la barque s’incliner lentement; on jette à la mer les gros blocs, — 
les canons, comme on les appelle, — entassés sur le bord; aussitôt la 
barque chavire; mais débarrassée de son poids, et la caisse d’eau faisant 
bascule, elle se relève immédiatement et reprend sa position, Bien n’est 
plus merveilleux que l’agilité et l’adresse déployées par ces ouvriers-mate 
lots au moment du naufrage : ils s’élancent vers le bord opposé, auquel ils 
se cramponnent avec la main ou tout simplement avec le pied. 
D’autres barques, également employées aux travaux d’enrochement, 
sont munies de puisards : le fond s’ouvre comme une trappe, et les blocs 
de pierre et de rocher sont escamotés comme 1 est une muscade sous le 
gobelet d’un Bosco forain. Les noyades romaines ne s’opéraient pas 
autrement. 
Deux petits vapeurs construits à Saint-Denis sur les plans de M. Sivel, 
et qui tiennent la mer par les plus gros temps, alors que tous les autres 
vapeurs de la côte s'enfuient, font aussi le service du port. Celui sur lequel 
nous sommes porte le nom de la Via et a été acheté d occasion. O ironie de 
la destinée! Il servait autrefois, nous dit M. Sivel, au transport des joueurs 
de Nice à Monaco, et aujourd’hui le voilà réduit à remorquer de vieux 
pontons chargés de pierres dans le port de Finnic. 
Nous prîmes le large, nous dirigeant vers File de Véglia, dont nous 
longeâmes les côtes profondément découpées, déchirées et bridées parles 
vents, jusqu’à ce que nous fussions arrivés dans la jolie baie de Lecina, au 
pied de Gastelmuschio, debout sur sa pyramide de rocher, avec ses maisons 
blanches et son église au clocher élancé. On dirait une ville de la Calabre. 
Au fond de la baie, on aperçoit un vallon, frais et ombreux, couvert de 
châtaigniers et d oliviers, moucheté de petits villages riants. On pêche 
dans la baie de Lecina le bar ou loup de mer, à la lueur des torches et à 
l’aide d’un trident. L’intérieur de File de Véglia, la plus peuplée et la plus 
grande du golfe de Quarnero, est d’une extrême fertilité. On y récolte en
	        
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