Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

j  i

36

LA  HONGRIE

M.  Sivel  nous  promena  d’abord  dans  ses  domaines,  c’est-à-dire  dans
b  intérieur  du  port.  Nous  assistâmes  à  b  immersion  de  gigantesques  blocs  de
pierre  qu’on  transporte  du  rivage,  et  qu’on  descend  sous  l’eau  au  moyeu
de  fortes  chaînes.  Mais  l’opération  la  plus  curieuse  est  celle  du  déchargement, ­
  en  cinq  ou  six  minutes,  des  barques  qui  amènent  chaque  jour
des  chantiers  de  Martinsciça  des  matériaux  d  enrochement  représentant
500  wagons  de  chemin  de  fer.  Voici  comment  on  procède  :  à  un  signal
donné,  on  ouvre  les  clapets,  l’eau  s’introduit  dans  la  caisse  placée  à  1  intérieur ­
  de  l’embarcation,  au  milieu,  et  à  mesure  que  le  réservoir  se  remplit,
ou  voit  la  barque  s’incliner  lentement;  on  jette  à  la  mer  les  gros  blocs,  —
les  canons,  comme  on  les  appelle,  —  entassés  sur  le  bord;  aussitôt  la
barque  chavire;  mais  débarrassée  de  son  poids,  et  la  caisse  d’eau  faisant
bascule,  elle  se  relève  immédiatement  et  reprend  sa  position,  Bien  n’est
plus  merveilleux  que  l’agilité  et  l’adresse  déployées  par  ces  ouvriers-matelots ­
  au  moment  du  naufrage  :  ils  s’élancent  vers  le  bord  opposé,  auquel  ils
se  cramponnent  avec  la  main  ou  tout  simplement  avec  le  pied.
D’autres  barques,  également  employées  aux  travaux  d’enrochement,
sont  munies  de  puisards  :  le  fond  s’ouvre  comme  une  trappe,  et  les  blocs
de  pierre  et  de  rocher  sont  escamotés  comme  1  est  une  muscade  sous  le
gobelet  d’un  Bosco  forain.  Les  noyades  romaines  ne  s’opéraient  pas
autrement.
Deux  petits  vapeurs  construits  à  Saint-Denis  sur  les  plans  de  M.  Sivel,
et  qui  tiennent  la  mer  par  les  plus  gros  temps,  alors  que  tous  les  autres
vapeurs  de  la  côte  s'enfuient,  font  aussi  le  service  du  port.  Celui  sur  lequel
nous  sommes  porte  le  nom  de  la  Via  et  a  été  acheté  d  occasion.  O  ironie  de
la  destinée!  Il  servait  autrefois,  nous  dit  M.  Sivel,  au  transport  des  joueurs
de  Nice  à  Monaco,  et  aujourd’hui  le  voilà  réduit  à  remorquer  de  vieux
pontons  chargés  de  pierres  dans  le  port  de  Finnic.
Nous  prîmes  le  large,  nous  dirigeant  vers  File  de  Véglia,  dont  nous
longeâmes  les  côtes  profondément  découpées,  déchirées  et  bridées  parles
vents,  jusqu’à  ce  que  nous  fussions  arrivés  dans  la  jolie  baie  de  Lecina,  au
pied  de  Gastelmuschio,  debout  sur  sa  pyramide  de  rocher,  avec  ses  maisons
blanches  et  son  église  au  clocher  élancé.  On  dirait  une  ville  de  la  Calabre.
Au  fond  de  la  baie,  on  aperçoit  un  vallon,  frais  et  ombreux,  couvert  de
châtaigniers  et  d  oliviers,  moucheté  de  petits  villages  riants.  On  pêche
dans  la  baie  de  Lecina  le  bar  ou  loup  de  mer,  à  la  lueur  des  torches  et  à
l’aide  d’un  trident.  L’intérieur  de  File  de  Véglia,  la  plus  peuplée  et  la  plus
grande  du  golfe  de  Quarnero,  est  d’une  extrême  fertilité.  On  y  récolte  en
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.