LA (JUESTIOX OUVRIÈRE. SlQ
« Tandis que I’Anqlais el F Allemand tiennent surtont à
réussir, le Français lient surtout à vouloir. Bui l'ait d’idéal,'
l’Aiujleterre et l’Allemaqne se contentent volontiers d’un
acompte; quelijne chose de borné et d’incomplet, mais de
solide, leur suffit. »
C’est à cet instinct pratique — pratique jus(ju’à l’éqo'isme
— de l’ouvrier anqlais que M. Sombart attribue les succès
du mouvement trade-unioniste : « C’est précisément, dit-il,
parce (pie l’ouvrier anqlais est un être extraordinairement
calme et pratiipie (ju’il possède les aptitudes et les disposi
tions nécessaires pour toute politique qui ne lui demande
pas de voir plus loin que son nez. « Toujours pratique »
devient le mot d’ordre : la politique sociale devient un « bu
siness » comme le commerce du fil de coton ou du 1er. On
ne trouve dans ces prolétaires hommes d’allaircs rien de
l’élan de l’ouvrier français... Cet esprit rusé et pratique se
trouve surtout incorporé dans les vieilles trade-unions an-
qlaises qui sont les représentations d’intérêt les plus rusées
(pii aient jamais existé. Diplomates habiles, coulantes envers
leurs supérieurs les patrons, elles sont exclusives, dures et
brutales envers les 4/fi (yoiitsiderSj la couche d’ouvriers la
plus pauvre. Les trade-unions sont des institutions vraiment
■commerciales et capitalistes, impréqnées de l’esprit froid et
pratique de l’ouvrier anqlais : c’est là aussi certainement la
cause de leurs qrands succès. »
Telle est liien, en eilet, la caractéristi(pie du trade-unio
nisme. Après avoir eu, lui aussi, de 1828 à i8fio, avec le
mouvement chartiste, sa q ran de crise d’idéalisme, de ré
volutionnarisme et ses élans de solidarité interprofession
nelle et internationale, le trade-unionisme, en i85o, a ai-
quillé vers un idéal dilièrent, beaucoup plus étroit, plus
riche eu réalités immédiatement tanqibles. C’est de cette
époque que date la constitution des « vieilles trade-unions »,