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ÉTUDE SUR LE COMMERCE EXTÉRIEUR DE LA FRANCE
que soit d’ailleurs le sens, libéral ou restrictif, dans lequel ou les
résolve, il s’agit au fond moins de doctrines que d’intérêts; et ceci
pourrait se dire de toutes les questions économiques : les doctrines
ne sont jamais que le vêtement sous lequel notre décence de théoriciens
s’efforce de dissimuler la brutalité des forces en lutte, dont
l’action mène le monde. Mais, tout au moins, la réforme de 1892 a
des conceptions doctrinales le caractère systématique et cohérent;
elle est un ensemble dont les parties sont fortement liées; elle est
susceptible d’être exprimée en formules théoriques. Sous cet aspect,
elle s’est affirmée comme une rupture avec la politique suivie
depuis 1860 qui avait, elle aussi, revêtu la même apparence doctrinale.
Celte date de 1892 marque donc bien le point de départ
d’une phase nouvelle dans la politique française du commerce
extérieur. De 1860 à 1892, il s’en faut de beaucoup que nous ayons
été dans une période de libre-échange, comme on le dit quelquefois
sous une forme beaucoup trop simpliste; mais la tendance
dominante de la politique commerciale était libérale. Depuis 1892,
la tendance est nettement protectionniste et les tarifs inscrits dans
la loi du 11 janvier 1892 ont reçu, à plusieurs reprises, des développements
et des compléments par lesquels la conception originaire
manifeste sa persistance.
Il vaut donc la peine d’étudier celte phase de la politique commerciale.
On peut l’étudier au point de vue de ses origines et au
point de vue de ses résultats.
Au point de vue des origines, ou aurait à rechercher quels faits
ont amené le revirement qui s’est opéré depuis une vingtaine d’années
dans la politique commerciale d’un grand nombre de nations.
Le cas de la France n’est pas isolé; nous avons suivi un courant
qui entraîne bien d’autres que nous et auquel l’Angleterre, pays
classique, depuis un demi-siècle, du libre-échange qui lui a fait
une situation économique si brillante et lui conférait, récemment
encore, la prépondérance, va peut-être se confier à son tour. Il
faut donc qu’il y ait quelques causes très générales par lesquelles
le changement s’explique. On aurait à voir dans quelle mesure ces
causes se font sentir en France et si nous subissons en outre
l’influence de causes particulières.
Au point de vue des résultats, la question peut être envisagée
sous plusieurs aspects.
D’une part, comment le régime du double tarif autonome a-t-il