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A. RÆDER
fraient pas une bien grande sécurité contre les violations de la
paix ; les circonstances ne se prêtaient pas à ce qu’ils eussent une
importance particulièrement pratique. Cette conclusion paraît d’autant
plus sérieuse que nous connaissons, dans les siècles suivants, des
traités d’arbitrage permanent conclus dans d’autres parties du monde
grec. Nous voyons que ces traités ont particulièrement joué un rôle
considérable dans des complexes d’Etats libres un peu retirés, qui
formaient un petit monde, un système d’Etats à part.
C’est dans une semblable situation que se trouvaient les nom
breuses villes-états de la Crète. Dans la dernière partie du III e
siècle elles formèrent ensemble une ligue, mais déjà plus tôt nous
les voyons procéder par des conventions à une règlementation, leur
permettant de trancher pacifiquement des différends réciproques.
Déjà vers l’an 400 les villes de Gortyne et de Rizen 1 conclurent
un semblable traité Bien que nous ne connaissions pas l’organisation
qui fut adoptée, nous voyons qu’il y a eu là une sorte de pour
parlers judiciaires sans que nous puissions cependant les caractériser
comme une sentence arbitrale. Dans la dernière moitié du II e
siècle, lorsque la Ligue crétoise et son tribunal arbitral furent
dissous, ou trouve un traité d’arbitrage entre les deux villes de
Hiérapytna et Priansos 2 , deux villes de la côte sud-est de la Crète.
On conclut une ligue amicale et défensive, et on tombe d’accord
pour faire trancher les difficultés réciproques par la voie pacifique.
Les différends qui pourraient subsister au moment de la conclusion
du traité, qu’il s’agisse des deux villes, ou de citoyens de chacune
d’elles, devaient être tranchés par le tribunal dont conviendraient
les premiers fonctionnaires des deux villes. Mais pour l’avenir, les
mêmes fonctionaires devraient chaque année convenir d’une troisième
ville où l’on prendrait à l’occasion les arbitres ; cette convention
est valable aussi bien pour les deux villes que pour les citoyens
de chacune d’elles.
1 Collitz III, 2, 4 985. Rec. d. inscr. Jurid. Gr. I p. 204. - ' n ü LXXVI.