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centration commerciale, en ce sens qu’on imagine le
monde marchant en l’absence totale de la seconde, au
moins dans le commerce de détail, tandis que la sup-
pression de la première, au moins au-delà d'un cer-
tain degré, est absolument ampossible à concevoir.
['artisan ne songe d’ailleurs plus à demander la fer-
meture, même partielle, des fabriques: il sait bien
qu’on ne le comprendrait plus et que d'ailleurs, dans
l’état actuel des choses, la réduction de la grande pro-
duction appauvrirait tout le monde. Mais nous croyons
que la grande différence entre la concentration indus-
trielle et la concentration commerciale, c'est que l’on
s'est habitué à celle-là, plus ancienne, tandis qu’on ne
peut se résigner à celle-ci. Le commerce est en retard,
dans son évolution, sur l’industrie, et l’organisation des
détaillants, sur celle des artisans. Le petit commerce
combat encore ses concurrents capitalistes, tandis que
les artisans ont déjà passé à une phase subséquente de
leur mouvement, cherchant « à regagner du terrain en
développant les particularités qui peuvent aider l’arti-
sanat à tenir contre la concurrence *. »)
L'apparition d’un grand magasin est un phénomène
beaucoup moins artificiel que L. Goyard ne consent à
l’admettre. Le nivellement des besoins, la disparition,
par exemple, des costumes locaux qui dispense plus ou
moins de s'arrêter à des desiderata spéciaux, l’insuffi-
sance du pouvoir d'achat des classes prolétarisées (dès
avant la guerre, la hausse des loyers et celle de la vian-
de atténuaient considérablement l'effet des augmenta-
tions de salaire), qui oblige ces classes à se jeter sur
les qualités inférieures, autant de causes qui ont ouvert
la voie aux grands magasins ?.
! Phrase empruntée par Faucherre à Lederer, Mittel-
standsbewegung. Cf. Faucherre, Die wirtschaftliche Lage
des Kleindetailhandels, p. 4.
? Nous donnons cette analyse des causes du succès des
Warenhäuser d’après Engel, op. cit, p. 13.