LES FRANÇAIS DANS L’AFRIQUE OCCIDENTALE. 367
splendeurs; aussi est-elle un des points saillants de notre his
toire. Elle sera l’éternel honneur du règne de Louis-Philippe.
' Elle fut contemporaine des luttes non moins héroïques et
non moins longues engagées par les Russes contre les mon
tagnards musulmans du Caucase et contre Timan Schamyl :
et ces deux guerres, à si longue distance, eurent beaucoup
de caractères communs, des avantages comparables.
Abd-el-Kader fît une résistance moins longue, mais aussi
héroïque que le prophète du Caucase. Il trouva longtemps
dans la montagne, qui lui était familière, un asile invio
lable, un sûr refuge; il infligea aux troupes françaises de
grosses pertes, menaça de près Oran, Alger, leur fît payer
cher la victoire. Les difficultés à vaincre surexcitèrent les
courages ; la guerre d’Afrique donna à la France une armée
et des chefs fortement trempés qui lui assurèrent, pendant
même la génération qui suivit, une prépondérance mili
taire incontestée. Le jeune duc d’Aumale enleva, à la tête
de sa petite troupe de chasseurs, toute la smalah de l’émir
(1843), le força à quitter l’Algérie, à demander asile au
sultan du Maroc. Joinville bombarda Mogador et Tanger.
Bugeaud remporta sur les Marocains l’éclatante victoire de
Tlsly (1844). Lamoricière poursuivit les bandes arabes dans
les rochers les plus inaccessibles, trouva leurs retraites les
plus cachées, les traqua comme un gibier effarouché, ne
leur laissa trêve ni repos, eut la gloire qu’Abd-el-Kader aux
abois se remît entre ses mains (1847). Comme si cette
grande tâche suffisait au gouvernement de Juillet, il tomba
quelques mois après.
La défaite de Schamyl par les Russes abattit cette bar
rière musulmane du Caucase qui leur fermait la descente
vers l’Arménie, la Perse et le Turkestan, ouvrit largement
devant eux l’horizon. La lutte contre Abd-el-Kader fut chez
nous la grande besogne de notre colonisation africaine. Il
y eut certes d’autres efforts à faire, mais non pas qui lui
aient été égaux, et les progrès de l’expansion française dans
l’Afrique occidentale ont été comme les fruits naturels du
rude labeur qu’elle avait exigé. Elle fut d’ailleurs la première
occasion d’un contact direct et prolongé avec l’Islam et la
race arabe, et ainsi d’une première tentative d’éducation de
cette race et de cette religion par la civilisation française.
L’épreuve fut belle et noble entre toutes, et riche en résul
tats. Ce n’est pas qu’elle ait réussi de tous points : des
fautes ont été commises ; des maux sont encore à guérir.