Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LA POLITIQUE DES REFORMES. 
définitives, on peut du moins y prendre d’utiles enseigne 
ments. 
Les circonstances se prêtaient à cette expérience. L’am 
bition russe venait d’être écartée, les représentants du sultan 
admis pour la première fois dans un grand congrès euro 
péen, sa souveraineté solennellement proclamée intangible. 
11 était possible de voir de quoi ce gouvernement était ca 
pable. 
La grande charte de Gulhané avait été mal appliquée. 
L’égalité entre les raías et les musulmans n’était nullement 
assurée: les premiers étaient toujours traités en vaincus; 
on était revenu au mauvais système de la perception des 
impôts; ils étaient toujours arbitraires, pesaient toujours 
lourdement sur les chrétiens, s’aggravaient de concussions, 
de vexations; le personnel des gouverneurs de provinces 
était toujours très mal composé; le sultan n’avait pas eu le 
temps ou la force ou la volonté de changer leurs habitudes 
séculaires de pillage et de tyrannie. La Porte garantissait 
mal la sécurité de la vie, de l’honneur et de la fortune de 
ses sujets chrétiens. 
La réforme militaire seule avait été sérieuse, du moins 
au point de vue de la force de l’empire. La nouvelle armée, 
issue de la loi de 1843, avait fait ses preuves pendant la 
guerre de 1854-1855; elle s’était bien comportée sur le 
Danube et en Crimée. Il y avait pourtant encore beaucoup 
à faire; les cadres étaient mauvais: entre les soldats très 
solides et les généraux souvent habiles, il n’y avait pas de 
bons officiers. L’administration y était déplorable; les chefs 
trouvaient dans le commandement ¡’occasion de fortunes 
scandaleuses, aux dépens de la nourriture du soldat, de la 
solde très irrégulièrement payée. Surtout il n’avait pas été 
possible d’opérer dans l’armée la fusion des chrétiens et des 
musulmans; les chrétiens n’y voulaient pas entrer, ils redou 
taient les violences des officiers musulmans ; les Musulmans 
ne voulaient, à aucun prix, admettre la pensée d’obéir à des 
chefs chrétiens. Les chrétiens sollicitaient comme une faveur 
la permission de se racheter du service militaire; ils y 
étaient autorisés, et les généraux ottomans spéculaient 
encore sur ces taxes de rachat. L’armée était plus forte 
q U’autrefois ; mais elle était toujours exclusivement mu 
sulmane. Elle pouvait devenir un instrument redoutable de 
persécution entre les mains d’un despote. 
Les grandes puissances n’avaient pas manqué d’attirer
	        
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