LA GUERRE.
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bre. Il ne pouvait échapper à la capitulation que par une
sortie : Todtleben le savait, et avait pris ses précautions en
conséquence ; à la moindre alerte, toute l’armée russe devait
se trouver massée en un seul point et y écraser les assiégés.
Ce devait être le moment critique : on l’attendait d’un jour
à l’autre. Le tsar Alexandre était venu au camp des assié
geants.
Le 28 novembre, le général turc, faisant une fausse atta
que à l’est pour tâcher de tromper l’ennemi, se jeta avec
30.000 hommes sur les troupes du général Ganjecki à
l’ouest, franchit le Wid, porta toutes ses forces à l’assaut
des retranchements russes de la rive gauche. Tous ses efforts
furent inutiles ; il eut beau payer de sa personne ; il fut
blessé à la cuisse, rejeté sur la rive droite. Cependant les
Russes avaient enlevé les redoutes abandonnées à l’est de
Plevna, étaient entrés dans la ville, l’avaient traversée en
courant, et enveloppaient la petite armée ottomane le long
de la rivière. Une résistance plus longue eût été folle ;
Osman-pacha se livra aux vainqueurs avec les restes de ses
troupes.
D’autres succès en Asie complétèrent celui-là. Le général
Loris Melikof, avec des renforts, put reprendre l’offensive
contre Mouktar-pacha au commencement d’octobre. Il le
battit le 15 à Winsikiof et fit capituler une partie de ses
troupes. Le général Lazaref, chargé d’assiéger Kars, s’en
empara d’un coup de main le 18 novembre et y fit 17.000
prisonniers. Mélikof se porta sur Erzeroum, et ses éclaireurs
parurent aux environs de Trébizonde.
Une dernière marche, presque triomphale, des Russes
les conduisit en vue de Constantinople. Les Serbes décla
rèrent de nouveau la guerre au sultan le 14 décembre,
essayèrent de s’emparer de la voie ferrée, vers Nisch et
Mitrovitza ; ils descendirent ensuite sur Prizrend, la vieille
capitale serbe, y firent capituler une division turque, tour
nèrent à l’ouest la ligne des Balkans. Le tsar rentré en
Russie pour veiller aux complications diplomatiques qui
pouvaient se produire, Gourko reprit, avec des forces plus
nombreuses, sa course interrompue en juillet. Dès le 24
novembre, il avait enlevé Étropol, au nord-est de Sofia.
Suleïman-pacha avait été rappelé du quadrilatère et se trou
vait, avec la plus grande partie de ses forces, — 130.000
hommes, — an sud des Balkans, son quartier-général à
Tatar-Bazardjik. Pendant que Radetzki, avec des troupes