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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
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facilité de son alimentation, on s’aperçoit que le llama est
un moyen de transport économique, le fret à dos de llama
ne dépassant pas à l’heure actuelle 4 francs par 100 kilos
et par 100 kilomètres. Il est vrai qu’il ne faut pas être très
pressé.
Le prix d’un de ces animaux qui était autrefois de 20 soles
est descendu aujourd’hui jusqu’à 5 et même 4 soles, depuis
l’ouverture au transit de la ligne de la Oroya au Cerro de
Pasco, et à cause de la paralysation momentanée de
l’exploitation minière, les grandes sociétés s’occupant ac
tuellement de vider les mines qui sont envahies par les
eaux.
Le passage d’une caravane de llamas est toujours in
téressant à observer. La démarche lente et tranquille, ils
vont en troupe serrée, la tête haute ; leurs grands yeux
noirs et curieux expriment une sorte d’orgueil imbécile.
C’est sans doute pour flatter cette vanité que les arrie
ros indigènes leur ornent les oreilles, préalablement
percées, de pompons de laine rouge ou bleue. Un seul con
ducteur ou arriero conduit généralement une piara de
trente bêtes; cesarrieros sont des Indiens quéchuas géné
ralement doux, patients et parfois serviables, ce sont d’ex
cellents, pour ne pas dire d’indispensables auxiliaires, à
peu près les seuls dignes de confiance ; la réputation de pro
bité des arrieros est assez justifiée. Certains de ces In
diens, possédant de grands troupeaux de llamas, sont fort
connus. Les arrieros sont munis d’une sorte de connaisse
ment comme les capitaines de navires de commerce.
Les arrieros traitent leurs animaux avec la plus grande
douceur. Bêtes et gens franchissent d’un même pas les
pentes escarpées et les passages difficiles des Cordillères,
en passant d’une chaleur étouffante, lorsqu’ils sont au
soleil, à un froid glacial, lorsqu’ils sont à l’ombre.