L'ÉCHANGE INTERNATIONAL 337
d'équilibre quand elle s’en est écartée — la variation de
valeur de la monnaie opérant à la façon de ces régulateurs
des machines à vapeur qui tendent à ramener toujours la
vitesse de la machine à sa position d’équilibre. Le courant
ne peut jamais persister dans le même sens, pas plus qu’un
courant de marée : tôt ou tard il se renverse et, après avoir
emporté le numéraire, il le rapporte.
C’est Ricardo qui a donné à cette démonstration une
formule très frappante en disant que l’échange international
tend toujours à prendre la forme du troc — comme chez les
sauvages, sauf, bien entendu, la supériorité des procédés
employés, c’est-à-dire que l'échange ne se fait pas en nature,
en troquant marchandises contre marchandises mais plus
exactement en compensant les titres de créances qui repré-
sentent les marchandises échangées.
Et mieux encore, dit-on, l'expérience a démontré que
toutes les fois que, à la suite d’un traité de commerce ou par
toute autre cause, un pays a vu ses importations augmenter
dans une forte proportion, il n’a jamais manqué de voir ses
exportations augmenter parallèlement. Et réciproquement
si, par le moyen d’un tarif protectionniste, il réussit à dimi-
nuer ses importations, il doit s’attendre à voir diminuer pro-
portionnellement ses exportations.
Cette théorie trouve certainement ‘une confirmation dans
les faits, puisque les statistiques démontrent que le numéraire
n’intervient que pour une très faible part dans le règlement
du commerce international — 6 à 7 p. 0/0 environ. I faut
donc bien admettre que la balance des comptes se règle
d’elle-même et que créances et dettes tendent à s’équilibrer.
C’est ce que, dans l’école de Bastiat, on appelait une « har-
monie économique » (1).
(1) Les choses se passent autrement quand un pays se trouve au régime du
papier-monnaie et n'a plus d’or à envoyerà l'étranger. En ce cas il est évident
que le mécanisme automatique expliqué ci-dessus ne peut plus jouer. En ce
cas le pays peut importer indéfiniment sans que les prix baissent : ils montent
au contraire par suite de l'inflation croissante du papier-monnaie. Telle est la
situation de la France aujourd’hui.
Mais si en ce cas l'équilibre ne peut se rétablir par la sortie du numéraire