SX PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
fiscal et nullement protecteur. Qu’auraient-ils protégé, en
effet, puisqu’il n’y avait point d’industrie nationale ?
Mais au xvr siècle, la question changea de face, et cela
pour deux raisons :
1° Parce que l’ouverture des grandes routes maritimes du
monde donna au commerce international un développement
inconnu jusqu’alors. La concurrence internationale — dont
il ne pouvait être question quand le commerce ne transpor-
tait guère que des objets de luxe : pourpre de Tyr, brocards
de Venise, lames d’épées de Tolède, épices des îles — com-
mença à se faire sentir du jour où ce commerce fut assez
bien outillé pour transporter des articles de consommation
courante, tels que les draps des Flandres ;
2° Parce qu’à cette date se constituaient les grands Etats
modernes de notre Europe, et une de leurs préoccupations
fut de se donner une politique nationale, c’est-à-dire de
faire servir le commerce international à l’agrandissement de
leur richesse et de leur puissance.
Ce fut alors que se constitua un ensemble de théories et
toute une politique que l’on a appelé le système mercantile.
On a un peu défiguré ce système par la façon dont on l’expo-
sait dans les traités classiques. On disait que les mercanti-
listes croyaient que l'argent était la seule et véritable richesse,
que par conséquent un pays ne pouvait s’enrichir qu’en se la
procurant ; et que pour cela, lorsqu’il n’avait pas la chance
d’avoir des mines d’or ou d’argent, il n’avait d’autre moyen
que de vendre le plus possible aux autres pays qui avaient
de l’argent et ainsi de le leur soutirer peu à peu. Si au con-
traire il avait l’imprudence d’acheter au dehors, il se
dépouillait par là de son numéraire. — Donc exporter le
plus possible, importer le moins possible, en un mot cher-
cher à avoir toujours une balince de commerce favorable,
telle était la conclusion du système mercantile.
Elle n'apparaît pas si puérile qu’on le dit, si on la replace
à sa date, à une époque où l’or et l’argent étaient plus
rares qu’ils ne l’ont été peut-être à toute époque de l’his-
toire, alors que les besoins grandissants du commerce et de
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