DES BANQUES ;
ni plus ni moins? — Il n’en est rien cependant. Il va sans
dire d’abord que le plus ou moins de confiance que l’on
accorde à la signature du débiteur, ou le terme plus ou
moins éloigné du paiement, peuvent faire varier la valeur
du papier. Mais même en faisant abstraction de ces causes
de variations évidentes par elles-même, même en supposant
que le papier soit de tout repos et payable à vue, même en
ce cas, sa valeur variera tous les jours suivant les oscillations
de l'offre et de la demande, comme d’ailleurs la valeur de
n’importe quelle marchandise; et ces variations sont ce
qu'on appelle le cours du change, cours coté dans les jour-
naux, comme le cours de la Bourse.
Il est aisé de comprendre comment il faut entendre le jeu
de l’offre et la demande appliqué aux effets de commerce.
Supposez que les créances de la France sur l'étranger, soit
à raison de ses exportations, soit pour toute autre cause,
s'élèvent à 20 milliards de francs. Supposez que les dettes de
la France vis-à-vis de l’étranger, à raison de ses importa-
tions, de ses emprunts, ou pour toute autre cause, s’élèvent
à 10 milliards. En ce cas, il est clair qu’il n’y aura pas assez
de papier pour ceux qui en auront besoin, puisqu’on ne
pourra en offrir que jusqu’à concurrence de 10 milliards.
Tous ceux qui ont besoin de ce papier pour s’acquitter feront
donc surenchère et le papier sur l’étranger sera en hausse,
c’est-à-dire qu’une traite de 1.000 francs payable sur
Bruxelles, Genève, ou Milan, au lieu de se vendre 1.000 fr,
se vendra, disons, 1.005 francs. Elle sera, comme l’on dit,
au-dessus du pair : elle fera prime (1),
(1) Nous avons pris pour exemple des places où la monnaie est la même
que la nôtre, ie franc. Mais lorsque la monnaie des pays créanciers et débi-
teurs est différente, ce qui est le cas le plus fréquent, alors le calcul est plus
compliqué. Il faut commencer par savoir d’abord quelle est la valeur de la
monnaie étrangère relativement au franc, au pair comme on dit, c'est-à-dire
calculée d’après le poids d'or que chacune contient : il faut donc savoir que
la livre anglaise vaut 25 fr. 22, le dollar 5 fr. 18, le mark (or) 1 fr. 24, le
rouble (or) 2 fr. 66 etc. Dans la cote des changes, pour simplifier on prend
une unité conventionnelle : pour l'Angleterre c'est 1 livre, pour les autres pays
cest 100 marks, ou 100 couronnes, ou 100 pesetas, etc. Comparant alors le
cours de la devise avee la valeur de l’unité monétaire au pair, on voit d’ur
coup d'œil et on mesure l'écart du pair. Voir ci-après n. 399.
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